Page:Hugo - Actes et paroles - volume 1.djvu/35

Cette page a été validée par deux contributeurs.


de la même façon, donna une chiquenaude à sa manche, et dit : Cela se brosse. Il avait raison. Les haines, les noirceurs, les mensonges, boue aujourd’hui, poussière demain.

Ne répondons pas à la colère par la colère.

Ne soyons pas sévères pour des cécités.

« Ils ne savent ce qu’ils font », a dit quelqu’un sur le calvaire. « Ils ne savent ce qu’ils disent », n’est pas moins mélancolique ni moins vrai. Le crieur ignore son cri. L’insulteur est-il responsable de l’insulte ? À peine.

Pour être responsable il faut être intelligent.

Les chefs comprenaient jusqu’à un certain point les actions qu’ils commettaient ; les autres, non. La main est responsable, la fronde l’est peu, la pierre ne l’est pas.

Fureurs, injustices, calomnies, soit.

Oublions ces brouhaha.


VIII


Et puis, car il faut tout dire, c’est si bon la bonne foi, dans les collisions d’assemblée rappelées ici, l’orateur n’a-t-il rien à se reprocher ? Ne lui est-il jamais arrivé de se laisser conduire par le mouvement de la parole au delà de sa pensée ? Avouons-le, c’est dans la parole qu’il y a du hasard. On ne sait quel trépied est mêlé à la tribune, ce lieu sonore est un lieu mystérieux, on y sent l’effluve inconnu, le vaste esprit de tout un peuple vous enveloppe et s’infiltre dans votre esprit, la colère des irrités vous gagne, l’injustice des injustes vous pénètre, vous sentez monter en vous la grande indignation sombre, la parole va et vient de la conviction fixe et sereine à la révolte plus ou moins mesurée contre l’incident inattendu. De là des oscillations redoutables. On se laisse entraîner, ce qui est un danger, et emporter, ce qui est un tort. On fait des fautes de tribune. L’orateur qui se confesse ici n’y a point échappé.