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des idées élevées ? Vous les figurez-vous assistant aux répétitions et faisant allonger les jupes des danseuses ? Pour ne parler que de la censure du manuscrit, vous les figurez-vous marchandant avec l’auteur la suppression d’un coq-à-l’àne ou d’un calembour ?

Vous me direz : Cette commission ne jugera qu’en appel. De deux choses l’une : ou elle jugera en appel sur tous les détails qui feront difficulté entre l’auteur et les censeurs inférieurs, et l’auteur ne s’entendra jamais avec les censeurs inférieurs, autant, alors, ne faire qu’un degré ; ou bien elle se bornera, sans entrer dans les détails, à accorder ou à refuser l’autorisation. Alors la tyrannie sera plus grande qu’elle n’a jamais été.

Tenez, renonçons à la censure et acceptons résolument la liberté. C’est le plus simple, le plus digne et le plus sûr.

En dépit de tout sophisme contraire, j’avoue qu’en présence de la liberté de la presse, je ne puis redouter la liberté des théâtres. La liberté de la presse présente, à mon avis, dans une mesure beaucoup plus considérable, tous les inconvénients de la liberté du théâtre.

Mais liberté implique responsabilité. À tout abus il faut la répression. Pour la presse, je viens de le rappeler, vous avez le jury ; pour le théâtre, qu’aurez-vous ?

La cour d’assises ? Les tribunaux ordinaires ? Impossible.

Les délits que l’on peut commettre par la voie du théâtre sont de toutes sortes. Il y a ceux que peut commettre volontairement un auteur en écrivant dans une pièce des choses contraires aux mœurs ; il y a ensuite les délits de l’acteur, ceux qu’il peut commettre en ajoutant aux paroles par des gestes ou des inflexions de voix un sens répréhensible qui n’est pas celui de l’auteur.

Il y a les délits du directeur ; par exemple, des exhibitions de nudités sur la scène ; puis les délits du décorateur, de certains emblèmes dangereux ou séditieux mêlés à une décoration ; puis ceux du costumier, puis ceux du coiffeur, oui, du coiffeur ! un toupet peut être factieux, une paire de favoris a fait défendre Vautrin. Enfin il y a les délits du public ; un applaudissement qui accentue un vers, un sifflet qui va plus haut que l’acteur et plus loin que l’auteur.

Comment votre jury, composé de bons bourgeois, se tirera-t-il de là ?

Comment démêlera-t-il ce qui est à celui-ci et ce qui est à celui-là ? le fait de l’auteur, le fait du comédien et le fait du public ? Quelquefois le délit sera un sourire, une grimace, un geste. Transporterez-vous les jurés au théâtre, pour en juger ? Ferez-vous siéger la cour d’assises au parterre ?

Supposez-vous, ce qui, du reste, ne sera pas, que les jurys en général, se défiant de toutes ces difficultés, et voulant arriver à