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et vingt autres. Cette liberté théâtrale, qui peut n’être pour les anglais qu’une affaire de pruderie, doit être pour nous une affaire de gloire. C’est bien différent.

Je laisse donc l’Angleterre, et je reviens à la France.

Les esprits sérieux sont assez d’accord maintenant pour convenir qu’il faut livrer les théâtres à une exploitation libre, moyennant certaines restrictions imposées par la loi en vue de l’intérêt public ; mais ils sont assez d’accord aussi pour demander le maintien de la censure préventive en l’améliorant autant que possible.

J’espère qu’ils arriveront bientôt à cette solution plus large et plus vraie, la liberté littéraire des théâtres à côté de la liberté industrielle.

Pour résumer en deux mots l’état de la législation littéraire, je dirai que c’est désordre et arbitraire. Je voudrais arriver à pouvoir la résumer dans ces deux mots, organisation et liberté. Pour en venir là, il faudrait faire autrement qu’on n’a fait jusqu’ici. Tout ce qui, dans notre législation, se rattache à la littérature, a été étrangement compris jusqu’à ce jour. Vous avez entendu des hommes qui se croient sérieux dire pendant trente ans, dans nos assemblées politiques, que c’étaient là des questions frivoles.

À mon avis, il n’y a pas de questions plus graves, et je voudrais qu’on les coordonnât dans un ensemble complet, qu’on fit un code spécial pour les choses de l’intelligence et de la pensée.

Ce code réglerait d’abord la propriété littéraire, car c’est une chose inouïe de penser que, seuls en France, les lettrés sont en dehors du droit commun ; que la propriété de leurs œuvres leur est déniée par la société dans un temps donné et confisquée sur leurs enfants.

Vous sentez l’importance et la nécessité de défendre la propriété aujourd’hui. Eh bien, commencez donc par reconnaître la première et la plus sacrée de toutes, celle qui n’est ni une transmission, ni une acquisition, mais une création, la propriété littéraire.

Cessez de traiter l’écrivain comme un paria, renoncez à ce vieux communisme que vous appelez le domaine public, cessez de voler les poëtes et les artistes au nom de l’état, réconciliez-les avec la société par la propriété.

Cela fait, organisez.

Il vous sera désormais facile, à vous, l’état, de donner à la classe des gens de lettres, je ne dirai pas une certaine direction, mais une certaine impulsion.

Favorisez en elle le développement de cet excellent esprit d’association, qui, à l’heure qu’il est, se manifeste partout, et qui a déjà commencé à unir les gens de lettres, et, en particulier, les auteurs dramatiques. L’esprit d’association est l’esprit de notre temps ; il crée des sociétés dans la société. Si ces sociétés sont excentriques à