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mes paroles actuelles à la manifestation de la vérité. Cependant, voilà ce que je crois me rappeler.

Nous venions d’attaquer une barricade de la rue Saint-Louis, d’où partait depuis le matin une fusillade assez vive qui nous avait coûté beaucoup de braves gens ; cette barricade enlevée et détruite, je suis allé seul vers une autre barricade placée en travers de la rue Vieille-du-Temple, et très forte. Voulant avant tout éviter l’effusion du sang, j’ai abordé les insurgés ; je les ai suppliés, puis sommés, au nom de l’assemblée nationale dont mes collègues et moi avions reçu un mandat, de mettre bas les armes ; ils s’y sont refusés.

M. Villain de Saint-Hilaire, adjoint au maire, qui a montré en cette occasion un rare courage, vint me rejoindre à cette barricade, accompagné d’un garde national, homme de cœur et de résolution, et dont je regrette de ne pas savoir le nom, pour m’engager à ne pas prolonger des pourparlers désormais inutiles, et dont ils craignaient quelque résultat funeste. Voyant que mes efforts ne réussissaient pas, je cédai à leurs prières.

Nous nous retirâmes à quelque distance pour délibérer sur les mesures que nous avions à prendre. Nous étions derrière l’angle d’une maison. Un groupe de gardes nationaux amena un prisonnier. Comme, depuis quelque temps, j’avais vu beaucoup de prisonniers, je ne pourrais me rappeler si j’ai vu celui-ci.

M. LE PRÉSIDENT au témoin.-Regardez l’accusé, le reconnaissez-vous ?

(Les deux accusés Turmel et Long se lèvent et se tournent vers Victor Hugo.)

M. VICTOR HUGO, montrant Long.-Je n’ai pas l’honneur de connaître monsieur. Quant à l’autre accusé, je crois le reconnaître, il était amené par un groupe de gardes nationaux. Il vit à mon insigne que j’étais représentant.-Citoyen représentant, s’écria-t-il, je suis innocent, faites-moi mettre en liberté.-Mais tous furent unanimes à me dire que c’était un homme très dangereux, et qu’il commandait une des barricades qui nous faisaient face. Ce que voyant, je laissai la justice suivre son cours, et on l’emmena.

M. LE PRÉSIDENT.-Vos souvenirs sont parfaitement fidèles. Maintenant vous pouvez retourner à vos travaux législatifs. Quant à nous, nous avons fait notre devoir, la loi est satisfaite, personne n’a le droit de se mettre au-dessus d’elle.

M. VICTOR HUGO.-Il y a eu confusion dans l’esprit de la défense et du ministère public, et je regretterais de voir cette confusion s’introduire dans l’esprit du conseil. J’ai toujours été prêt, et je l’ai prouvé surabondamment, à venir éclairer la justice. C’était simplement, s’il faut que je le dise encore, une question d’heure à