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du défenseur, mais ce que je veux maintenant, c’est mon droit de représentant. Pour le moment, ce n’est pas un refus, ce n’est qu’une question d’heure choisie. Je suis prêt, monsieur le président, à répondre à vos questions.

LE DÉFENSEUR.-M. Victor Hugo a écrit sur les derniers jours d’un condamné à mort des pages qui resteront comme l’une des œuvres les plus belles qui soient sorties de l’esprit humain. Les angoisses des accusés Turmel et Long ne sont pas aussi terribles que celles du condamné, mais elles demandent aussi à n’être pas prolongées. Eh bien ! si M. Victor Hugo, qui le pouvait comme M. Galy-Cazalat, était venu hier ici, les accusés auraient été jugés hier, et votre tribunal n’eût pas été dans la nécessité de s’assembler une seconde fois. Les accusés n’auraient pas passé une nuit cruelle sous le poids d’une accusation qui peut entraîner la peine des travaux forcés.

M. VICTOR HUGO.-J’ai dit en commençant, et je regrette que le défenseur paraisse l’oublier, que jamais un accusé ne me trouverait sourd à son appel. Je devais maintenir, vis-à-vis de quelque autorité que ce soit, l’inviolabilité des délibérations de l’assemblée, qui tient en ses mains les destinées de la France. Maintenant, j’ajoute que, si j’avais pu penser que ma déposition servît la cause des malheureux accusés, je n’aurais pas attendu la citation, j’aurais demandé moi-même, et comme un droit alors, que le conseil m’entendît. Mais ma déposition n’est d’aucune importance, comme ont pu en juger les défenseurs eux-mêmes, qui ont lu ma déclaration écrite. Je n’avais donc point à hésiter. Je devais préférer à une comparution absolument inutile à l’accusé l’accomplissement du plus sérieux de tous les devoirs dans la plus grave de toutes les conjonctures ; je devais en outre résister à l’acte inqualifiable qu’avait osé, vis-à-vis d’un représentant, se permettre la justice d’exception sous laquelle Paris est placé en ce moment.

M. LE PRÉSIDENT.-Permettez-moi de vous adresser la question : Quels sont vos nom et prénoms ?

M. VICTOR HUGO.-Victor Hugo.

M. LE PRÉSIDENT.-Votre profession ?

M. VICTOR HUGO.-Homme de lettres et représentant du peuple.

M. LE PRÉSIDENT.-Votre lieu de naissance ?

M. VICTOR HUGO.-Besançon.

M. LE PRÉSIDENT.-Votre domicile actuel ?

M. VICTOR HUGO.-Rue d’Isly, 5.

M. LE PRÉSIDENT.-Votre domicile précédent ?

M. VICTOR HUGO.-Place Royale, 6.

M. LE PRÉSIDENT.-Que savez-vous sur l’accusé Turmel ?

M. VICTOR HUGO.-Je pourrais dire que je ne sais rien. Ma déposition devant M. le juge d’instruction a été faite dans un moment où mes souvenirs étaient moins confus, et elle serait plus utile que