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être imposé aux autorités constituées plus encore, s’il est possible, qu’aux simples citoyens. Que le conseil, du reste, ne voie pas dans mes paroles autre chose que l’accomplissement d’un devoir. Personne plus que moi n’honore la glorieuse épaulette que vous portez, et je ne cherche pas, certes, à vous rendre plus difficile la pénible mission que vous accomplissez.

Hier, en pleine séance, au milieu de l’assemblée, au moment d’un scrutin, j’ai reçu par estafette l’injonction de me rendre immédiatement devant le conseil. Je n’ai tenu aucun compte de cette étrange intimation. Je ne devais pas le faire, car il va sans dire que personne n’a le droit d’enlever le représentant du peuple à ses travaux. L’exercice des fonctions de représentant est sacré ; il constitue comme il impose un droit, un devoir inviolable. Je n’ai donc pas tenu compte de l’injonction qui m’était faite.

Vers la fin de la séance de l’assemblée, qui s’était prolongée au delà de celle du conseil de guerre, j’ai reçu, toujours dans l’assemblée, une nouvelle sommation non moins irrégulière que la première. Je pouvais n’y pas répondre, car, au moment même où je parle, les comités de l’assemblée nationale sont réunis, et c’est là qu’est ma place, et non ici.

Je me présente cependant, parce que la prière m’en la été faite. Je dis la prière, en ce qui concerne les défenseurs, dont l’intervention m’a décidé, parce que jamais je ne ferai défaut à la prière que l’on m’adressera au nom de malheureux accusés. Je dois le dire, cependant, je ne sais pas pourquoi la défense insiste pour mon audition. Ma déposition est absolument sans importance, et ne peut pas plus être utile à la défense qu’à l’accusation.

M. LE COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT.-C’est le ministère public aussi, qui, comme la défense, a insisté ; le ministère public, qui demandera à M. le président la permission de vous répondre.

M. VICTOR HUGO.-Rien n’était plus facile que de concilier les droits de la représentation nationale et les exigences de la justice, c’était de demander l’autorisation de M. le président de l’assemblée, et de s’entendre sur l’heure.

M. LE COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT.-Permettez-moi de dire un mot au nom de la loi dont je suis l’organe et au-dessus de laquelle personne ne peut se placer. L’article 80 du code d’instruction criminelle est formel, absolu, personne ne peut s’y soustraire, et tout individu cité régulièrement est obligé de se présenter, sous peine d’amende et même de contrainte par corps. L’assemblée, qui fait des lois, doit assurément obéissance aux lois existantes. M. Galy-Cazalat, qui avait des devoirs à remplir non moins importants que ceux de l’illustre poëte que nous citions comme témoin, s’est rendu ici sans arguer d’empêchements. Nous le répétons donc, la loi est