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inviolable, dictaient à M. Victor Hugo son devoir. C’était, comme il le dit quelques jours après au ministre de la guerre en lui reprochant le fait, l’état de siége pénétrant jusque dans l’assemblée. M. Victor Hugo refusa d’obéir à ce qu’il appela, le lendemain même, en présence du conseil, cette étrange intimation. Il savait, en outre, que sa déposition ne pouvait malheureusement être d’aucune utilité aux accusés. Deux heures plus tard, nouvelle injonction de comparaître apportée par un gendarme dans l’enceinte même de l’assemblée. Nouveau refus de M. Victor Hugo. Dans la soirée, une prière de venir déposer comme témoin lui est transmise de la part des accusés eux-mêmes. Après avoir constaté son refus au tribunal militaire, M. Victor Hugo se rendit au désir des accusés, et comparut, le lendemain, devant le conseil ; mais il commença par protester contre l’empiétement que l’état de siège s’était permis sur l’inviolabilité du représentant.

Voici en quels termes la Gazette des Tribunaux rend compte de cette audience :


2e CONSEIL DE GUERRE DE PARIS
Présidence de M. DESTAING, colonel du 61e régiment de ligne.
Audience du 29 septembre.

INSURRECTION DE JUIN.-AFFAIRE DU CAPITAINE TURMEL ET DU LIEUTENANT LONG, DE LA 7e LÉGION.-DÉPOSITION DE M. VICTOR HUGO.-INCIDENT.

Un public plus nombreux qu’hier attend l’ouverture de la salle d’audience, appelé non-seulement par l’intérêt qu’inspire l’affaire soumise au conseil, mais plus encore par l’incident soulevé à la fin de la dernière audience au sujet de la déposition de M. Victor Hugo, qui doit comparaître aujourd’hui comme témoin.

L’audience a été ouverte à onze heures et quelques minutes. Après avoir ordonné l’introduction des deux accusés Turmel et Long, M. le président demande à l’huissier d’appeler M. Victor Hugo, représentant du peuple. L’huissier annonce que M. Victor Hugo ne s’est pas encore présenté.

M. LE PRÉSIDENT.-M. Victor Hugo m’a fait prévenir qu’il se présenterait à l’ouverture de l’audience ; il viendra vraisemblablement. En attendant, monsieur le commissaire du gouvernement, vous avez la parole.

M. d’Hennezel, substitut du commissaire du gouvernement, expose les faits qui résultent des débats ; et à peine a-t-il prononcé quelques phrases que l’huissier annonce l’arrivée de M. Victor Hugo. M. Hugo s’approche.

M. LE PRÉSIDENT.-Veuillez nous dire vos nom, prénoms, profession et domicile.

M. VICTOR HUGO (Marques d’attention).- Avant de vous répondre, monsieur le président, j’ai à dire un mot. En venant déposer devant le conseil, je suis convenu avec M. le président de l’assemblée nationale que j’expliquerais sous quelles réserves je me présente. Je dois cette explication à l’assemblée nationale, dont j’ai l’honneur d’être membre, et au mandat de représentant, dont le respect doit