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Mais si les lois organiques par hasard ne sont que des lois comme les autres, des lois modifiables et révocables, des lois que la prochaine assemblée législative pourra citer à sa barre, juger et condamner, comme le gouvernement provisoire a condamné les lois de la monarchie, comme vous avez condamné les décrets du gouvernement provisoire, si cela est, où est la nécessité de les faire ? à quoi bon dévorer le temps de la France pour jeter quelques lois de plus à cet appétit de révocation qui caractérise les nouvelles assemblées ?

Ce n’est donc plus qu’une question de convenance. Mon Dieu ! je suis de bonne composition, si nous vivions dans un temps calme, et si cela vous était bien agréable, cela me serait égal. Oui, vous trouvez convenable que les rédacteurs du texte soient aussi les rédacteurs du commentaire, que ceux qui ont fait le livre fassent aussi les notes, que ceux qui ont bâti l’édifice pavent aussi les rues à l’entour, que le théorème constitutionnel fasse pénétrer son unité dans tous ses corollaires ; après avoir été législateurs constituants, il vous plaît d’être législateurs organiques ; cela est bien arrangé, cela est plus régulier, cela va mieux ainsi. En un mot, vous voulez faire les lois organiques ; pourquoi ? pour la symétrie.

Ah ! ici, messieurs, je vous arrête. Pour une assemblée constituante, où il n’y a plus de nécessité il n’y a plus de droit. Car du moment où votre droit s’éclipse, le droit du pays reparaît.

Et ne dites pas que si l’on admet le droit de la nation en ce moment, il faudra l’admettre toujours, à chaque instant et dans tous les cas, que dans six mois elle dira au président de se démettre et que dans un an elle criera à la législative de se dissoudre. Non ! la constitution, une fois sanctionnée par le peuple, protégera le président et la législative. Réfléchissez. Voyez l’abîme qui sépare les deux situations. Savez-vous ce qu’il faut en ce moment pour dissoudre l’assemblée constituante ? Un vote, une boule dans la boîte du scrutin. Et savez-vous ce qu’il faudrait pour dissoudre l’assemblée législative ? Une révolution.

Tenez, je vais me faire mieux comprendre encore : faites une hypothèse, reculez de quelques mois en arrière, reportez-vous à l’époque où vous étiez en plein travail de constitution, et supposez qu’en ce moment-là, au milieu de l’œuvre ébauchée, le pays, impatient ou égaré, vous eût crié : Assez ! le mandant brise le mandat ; retirez-vous !

Savez-vous, moi qui vous parle en ce moment, ce que je vous eusse dit alors ?

Je vous eusse dit : Résistez !

Résister ! à qui ? à la France ?

Sans doute.

Notre devoir eût été de dire au peuple : -Tu nous as donné un mandat, nous ne te le rapporterons pas avant de l’avoir rempli. Ton