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profonde et la plus sincère estime ; c’est un homme des plus distingués, et je reconnais avec empressement sa haute compétence sur toutes les matières qui sont soumises à son administration. Cependant je ne me suis pas expliqué comment il se faisait qu’en présence d’un beau, noble et magnifique résultat, on venait innover dans la loi qui a, en partie du moins, produit cet effet.

Je le répète, je demande de la durée. Je suis convaincu qu’un pas sera fait en arrière le jour où vous diminuerez la durée de cette propriété. Je ne l’assimile pas d’ailleurs, je l’ai déjà dit en commençant, à la propriété littéraire proprement dite. Elle est au-dessous de la propriété littéraire ; mais elle n’en est pas moins respectable, nationale et utile. Le jour, dis-je, où vous aurez diminué la durée de cette propriété, vous aurez diminué l’intérêt des fabricants à produire des ouvrages d’industrie de plus en plus voisins de l’art ; vous aurez diminué l’intérêt des grands artistes à pénétrer de plus en plus dans cette région où l’industrie se relève par son contact avec l’art.

Aujourd’hui, à l’heure où nous parlons, des sculpteurs du premier ordre, j’en citerai un, homme d’un merveilleux talent, M. Pradier, n’hésitent pas à accorder leur concours à ces productions qui ne sont pour l’industrie que des consoles, des pendules, des flambeaux, et qui sont, pour les connaisseurs, des chefs-d’œuvre.

Un jour viendra, n’en doutez pas, où beaucoup de ces œuvres que vous traitez aujourd’hui de simples produits de l’industrie, et que vous réglementez comme de simples produits de l’industrie, un jour viendra où beaucoup de ces œuvres prendront place dans les musées. N’oubliez pas que vous avez ici, en France, à Paris, un musée composé précisément des débris de cet art mixte qui est en ce moment en question. La collection des vases étrusques, qu’est-ce autre chose ?

Si vous voulez maintenir cet art au niveau déjà élevé où il est parvenu en France, si vous voulez augmenter encore ce bel essor qu’il a pris et qu’il prend tous les jours, donnez-lui du temps.

Voilà tout ce que je voulais dire.

Je voterai pour tout ce qui tendra à augmenter la durée accordée aux propriétaires de cette sorte d’œuvres, et je déclare, en finissant, que je ne puis m’empêcher de regretter l’ancienne législation. ( Très bien ! très bien !)