Page:Hugo - Actes et paroles - volume 1.djvu/209

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


du théâtre que des malices presque innocentes, soit contre l’autorité, soit contre la censure elle-même ; il finit par adopter ce qu’il aurait réprouvé, et par protéger ce qu’il aurait condamné. (C’est vrai !)

J’ajoute ceci : la répression pénale n’est plus possible, la société est désarmée, son droit est épuisé, elle ne peut plus rien contre les délits qui peuvent se commettre pour ainsi dire à travers la censure. Il n’y a plus, je le répète, de répression pénale. Le propre de la censure, et ce n’est pas là son moindre inconvénient, c’est de briser la loi en s’y substituant. Le manuscrit une fois censuré, tout est dit, tout est fini. Le magistrat n’a rien à faire où le censeur a travaillé. La loi ne passe pas où la police a passé.

Quant à moi, ce que je veux, pour le théâtre comme pour la presse, c’est la liberté, c’est la légalité.

Je résume mon opinion en un mot que j’adresse aux gouvernants et aux législateurs : par la liberté, vous placez les licences et les excès du théâtre sous la censure du public ; par la censure, vous les mettez sous sa protection. Choisissez. (Longue agitation.)