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apportera avec elle les bouleversements et les calamités, qu’elle perdra la France au lieu de la sauver.

C’est là toute la question, il n’y en a pas d’autre ; car si vous n’aviez pas cette crainte et cette anxiété, vous mes collègues de la majorité, que j’honore et auxquels je m’adresse, si vous n’aviez pas cette crainte et cette anxiété, si vous étiez tranquilles sur le sort de la future assemblée, à coup sûr votre patriotisme vous conseillerait de lui céder la place.

C’est donc là, à mon sens, le point véritable de la question. Eh bien, messieurs, j’aborde cette objection. C’est pour la combattre que je suis monté à cette tribune. On nous dit : Savez-vous ce que sera, savez-vous ce que fera la prochaine assemblée législative ? Et l’on conclut, des inquiétudes qu’on manifeste, qu’il faut maintenir l’assemblée constituante.

Eh bien, messieurs, mon intention est de vous montrer ce que valent ces arguments comminatoires ; je le ferai en très peu de paroles, et par un simple rapprochement, qui est maintenant de l’histoire, et qui, à mon sens, éclaire singulièrement tout ce côté de la question. (Écoutez ! Écoutez ! — Profond silence.)

Messieurs, il y a moins d’un an, en mars dernier, une partie du gouvernement provisoire semblait croire à la nécessité de se perpétuer. Des publications officielles, placardées au coin des rues, affirmaient que l’éducation politique de la France n’était pas faite, qu’il était dangereux de livrer au pays, dans l’état des choses, l’exercice de sa souveraineté, et qu’il était indispensable que le pouvoir qui était alors debout prolongeât sa durée. En même temps, un parti, qui se disait le plus avancé, une opinion qui se proclamait exclusivement républicaine, qui déclarait avoir fait la république, et qui semblait penser que la république lui appartenait, cette opinion jetait le cri d’alarme, demandait hautement l’ajournement des élections, et dénonçait aux patriotes, aux républicains, aux bons citoyens, l’approche d’un danger immense et imminent. Cet immense danger qui approchait, messieurs, — c’était vous. (Très bien ! très bien !) C’était l’assemblée nationale à laquelle je parle en ce moment. (Nouvelle approbation.)