Page:Hugo - Actes et paroles - volume 1.djvu/175

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de pouvoir ; calmez vos craintes. (Marques d’approbation.)

M. Victor Hugo. — Dans votre intérêt même, permettez-moi de vous le dire, à vous homme du pouvoir, moi homme de la pensée… (Interruption prolongée.)

J’ai besoin d’expliquer une expression sur laquelle l’assemblée pourrait se méprendre.

Quand je dis homme de la pensée, je veux dire homme de la presse, vous l’avez tous compris. (Oui ! oui !)

Eh bien, dans l’intérêt de l’avenir encore plus que dans l’intérêt du présent, quoique l’intérêt du présent me préoccupe autant qu’aucun de vous, croyez-le bien, je dis au pouvoir exécutif : Prenez garde ! l’immense autorité dont vous êtes investi…

Le général Cavaignac. — Mais non !

Un membre à gauche. — Faites une proposition. (Rumeurs diverses.)

M. le président. — Il est impossible de continuer à discuter si l’on se livre à des interpellations particulières.

M. Victor Hugo. — Que le pouvoir me permette de le lui dire, — je réponds à l’interruption de l’honorable général Cavaignac, — dans les circonstances actuelles, avec la puissance considérable dont il est investi, qu’il prenne garde à la liberté de la presse, qu’il respecte cette liberté ! Que le pouvoir se souvienne que la liberté de la presse est l’arme de cette civilisation que nous défendons ensemble. La liberté de la presse était avant vous, elle sera après vous. (Agitation.)

Voilà ce que je voulais répondre à l’interruption de l’honorable général Cavaignac.

Maintenant je demande au pouvoir de se prononcer sur la manière dont il entend user de l’autorité que nous lui avons confiée. Quant à moi, je crois que les lois existantes, énergiquement appliquées, suffisent. Je n’adopte pas l’opinion de M. le ministre de la justice, qui semble penser que nous nous trouvons dans une sorte d’interrègne légal, et qu’il faut attendre, pour user de la répression judiciaire, qu’une nouvelle loi soit faite par vous. Si ma mémoire ne me trompe pas, le 24 juin, l’honorable procureur général près la cour d’appel de Paris a déclaré obligatoire la loi sur la presse du 16 juillet 1828. Remarquez cette contradiction.