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peut se résumer en deux mots, armer l’ordre social et désarmer ses ennemis. (Adhésion.)

Ma pensée est, vous le voyez, parfaitement claire, et je demande au gouvernement la permission de lui adresser une question ; car il est résulté un doute dans mon esprit des paroles de M. le ministre de la justice.

Sommes-nous dans l’état de siège, ou sommes-nous dans la dictature ? C’est là, à mon sens, la question.

Si nous sommes dans l’état de siège, les journaux supprimés ont le droit de reparaître en se conformant aux lois. Si nous sommes dans la dictature, il en est autrement.

M. Démosthène Ollivier.— Qui donc aurait donné la dictature ?

M. Victor Hugo. — Je demande au chef du pouvoir exécutif de s’expliquer.

Quant à moi, je pense que la dictature a duré justement, légitimement, par l’impérieuse nécessité des circonstances, pendant quatre jours. Ces quatre jours passés, l’état de siège suffisait.

L’état de siège, je le déclare, est nécessaire, mais l’état de siège est une situation légale et définie, et il me paraît impossible de concéder au pouvoir exécutif la dictature indéfinie, lorsque vous n’avez prétendu lui donner que l’état de siège.

Maintenant, si le pouvoir exécutif ne croit pas l’autorité dont l’assemblée l’a investi suffisante, qu’il le déclare et que l’assemblée avise. Quant à moi, dans une occasion où il s’agit de la première et de la plus essentielle de nos libertés, je ne manquerai pas à la défense de cette liberté. Défendre aujourd’hui la société, demain la liberté, les défendre l’une avec l’autre, les défendre l’une par l’autre, c’est ainsi que je comprends mon mandat comme représentant, mon droit comme citoyen et mon devoir comme écrivain. (Mouvement.)

Si le pouvoir donc désire être investi d’une autorité dictatoriale, qu’il le dise, et que l’assemblée décide.

Le général Cavaignac, chef du pouvoir exécutif, président du conseil. — Ne craignez rien, monsieur, je n’ai pas besoin de tant de pouvoir ; j’en ai assez, j’en ai trop