Page:Hugo - Actes et paroles - volume 1.djvu/157

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


France, que je ne veux d’une politique qui l’a ensanglantée. Je combattrai l’intrigue comme la violence, de quelque part qu’elles viennent ; et, quant à ce que vous appelez la réaction, je repousse la réaction comme je repousse l’anarchie. (Applaudissements.)

En ce moment, les véritables ennemis de la chose publique sont ceux qui disent : Il faut entretenir l’agitation dans la rue, faire une émeute désarmée et indéfinie, que le marchand ne vende plus, que l’acheteur n’achète plus, que le consommateur ne consomme plus, que les faillites privées amènent la faillite publique, que les boutiques se ferment, que l’ouvrier chôme, que le peuple soit sans travail et sans pain, qu’il mendie, qu’il traîne sa détresse sur le pavé des rues ; alors tout s’écroulera ! — Non, ce plan affreux ne réussira pas ! non, la France ne périra pas de misère ! un tel sort n’est pas fait pour elle ! Non, la grande nation qui a survécu à Waterloo n’expirera pas dans une banqueroute ! (Émotion profonde. Bravo ! bravo !)

Un membre. — Que M. Victor Hugo dise : Je ne suis pas un républicain rouge, ni un républicain blanc, mais un républicain tricolore.

M. Victor Hugo. — Ce que vous me dites, je l’ai imprimé il y a trois jours.

Il me semble qu’il est impossible d’être plus clair et plus net que dans cette publication. Je ne voudrais pas qu’un seul de vous écrivît mon nom sur son bulletin et dit le lendemain : je me suis trompé. Savez-vous pourquoi je ne crie pas bien haut : je suis républicain ? C’est parce que beaucoup trop de gens le crient. Savez-vous pourquoi j’ai une sorte de pudeur et de scrupule à faire cet étalage de républicanisme ? C’est que je vois des gens qui ne sont rien moins que républicains faire plus de bruit que vous qui êtes convaincus. Il y a une chose sur laquelle je défie qui que ce soit, c’est le sentiment démocratique. Il y a vingt ans que je suis démocrate. Je suis un démocrate de la veille. Est-ce que vous aimeriez mieux le mot que la chose ? Moi, je vous donne la chose, qui vaut mieux que le mot ! (Applaudissements.)

M. Marlet, au nom des artistes-peintres, demande l’appui de M. Victor Hugo dans toutes les questions qui