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je pris la parole. Personne n’a attaqué avec plus d’énergie et de résolution le gouvernement d’alors ; vous pouvez relire mon discours.

Voilà des faits. Passerons-nous aux personnes ? Vous me donnez bien de la force. Non, je n’attaquerai pas les personnes ; non, je ne ferai pas cette lâcheté de tourner le dos à ceux qui s’en vont, et de tourner le visage à ceux qui arrivent ; jamais, jamais ! personne ne me verra suivre, comme un vil courtisan, les flatteurs du peuple, moi qui n’ai pas suivi les flatteurs des rois ! (Explosion de bravos.) Flatteurs de rois, flatteurs du peuple, vous êtes les mêmes hommes, j’ai pour vous un mépris profond.

Je voudrais que ma voix fût entendue sur le boulevard, je voudrais que ma parole parvînt aux oreilles de tout ce loyal peuple répandu en ce moment dans les carrefours, qui ne veut pas de proscription, lui qui a été proscrit si longtemps ! Depuis un mois, il y a deux jours où j’ai regretté de ne pas être de l’assemblée nationale ; le 15 mai, pour m’opposer au crime de lèse-majesté populaire commis par l’émeute, à la violation du domicile de la nation ; et le 25 mai, pour m’opposer au décret de bannissement. Je n’étais pas là lorsque cette loi inique et inutile a été votée par les hommes mêmes qui soutenaient la dynastie il y a quatre mois ! Si j’y avais été, vous m’auriez vu me lever, l’indignation dans l’âme et la pâleur au front. J’aurais dit : Vous faites une loi de proscription ! mais votre loi est invalide ! mais votre loi est nulle ! Et, tenez, la providence met là, sous vos yeux, la preuve éclatante de la misère de cette espèce de lois. Vous avez ici deux princes, — je dis princes à dessein, — vous avez deux princes de la famille Bonaparte, et vous êtes forcés de les appeler à voter sur cette loi, eux qui sont sous le coup d’une loi pareille ! et, en votant sur la loi nouvelle, ils violent, Dieu soit loué, la loi ancienne ! Et ils sont là au milieu de vous comme une protestation vivante de la toute-puissance divine contre cette chose faible et violente qu’on appelle la toute-puissance humaine ! (Acclamation.)

Voilà ce que j’aurais dit. Je regrette de n’avoir pu le dire ; et, soyez tranquilles, si l’occasion se représente, je la saisirai ; j’en prends à la face du peuple l’engagement.