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cachent, nous désirons que nos représentants viennent dire : Nous les combattrons. (Approbation.)

M. Victor Hugo. — J’ai écouté avec attention, et, chose remarquable, chez un orateur si jeune qui parle avec une facilité si distinguée, qui dit si clairement sa pensée, je n’ai pu la saisir tout entière. Je vais toutefois essayer de la préciser. Il va voir avec quelle sincérité j’aborde toutes les hypothèses.

Il m’a semblé qu’il désignait comme dangereux, j’emprunte ses propres expressions, non-seulement ceux qui veulent être, mais ceux qui ont été.

Je commence par lui dire : Entendez-vous parler de la famille qui vient d’être brisée par un mouvement populaire ? Si vous dites oui, rien ne m’est plus facile que de répondre ; remarquez que vous ne me gênez pas du tout en disant oui.

M. Aubry. — En parlant ainsi, je n’ai pas voulu parler des personnes, mais des systèmes ; non de M. Louis-Philippe, ni de M. Blanqui (sourires), mais du système de Louis-Philippe et du système de Blanqui.

M. Victor Hugo. — Vous me mettez trop à mon aise. S’il ne s’agit que des systèmes, je répondrai par des faits.

J’ai été trois ans pair de France ; j’ai parlé six fois comme pair ; j’ai donné, dans une lettre que les journaux ont publiée, les dates de mes discours. Pourquoi ai-je donné ces dates ? C’est afin que chacun pût recourir au Moniteur. Pourquoi ai-je donné avec une tranquillité profonde ces six dates aux millions de lecteurs des journaux de Paris et de la France ? C’est que je savais que pas une des paroles que j’ai prononcées alors ne serait hors de propos aujourd’hui ; c’est que les six discours que j’ai prononcés devant les pairs de France, je pourrais les redire tous demain devant l’assemblée nationale. Là était le secret de ma tranquillité.

Voulez-vous plus de détails ? Voulez-vous que je vous dise quels ont été les sujets de ces six discours ?

(De toutes parts : Oui ! oui !)

Le premier discours, prononcé le 14 février 1846, a été consacré aux ouvriers, au peuple, dont nous voyons ici