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classe un sentiment cordial et fraternel. Ce sentiment, tout esprit qui pense le partage. Tous, à des degrés divers, nous sommes des ouvriers dans la grande œuvre sociale. Eh bien ! je le déclare, ceux qui travaillent avec le bras et avec la main sont sous la garde de ceux qui travaillent avec la pensée. » (Applaudissements.)

Voilà de quelle manière je parlais à la chambre aristocratique dont j’avais l’honneur de faire partie. (Mouvements en sens divers.) Ce mot, j’avais l’honneur, ne saurait vous choquer. Vous n’attendez pas de moi un autre langage ; lorsque ce pouvoir était debout, j’ai pu le combattre ; aujourd’hui qu’il est tombé, je le respecte. (Très bien ! Profonde sensation.)

Toutes les questions qui intéressent le bien-être du peuple, la dignité du peuple, l’éducation due au peuple, ont occupé ma vie entière. Tenez, entrez dans le premier cabinet de lecture venu, lisez quinze pages intitulées Claude Gueux, que je publiais il y a quatorze ans, en 1834, et vous y verrez ce que je suis pour le peuple, et ce que le peuple est pour moi.

Oui, le prolétariat doit disparaître ; mais je ne suis pas de ceux qui pensent que la propriété disparaîtra. Savez-vous, si la propriété était frappée, ce qui serait tué ? Ce serait le travail.

Car, qu’est-ce que c’est que le travail ? C’est l’élément générateur de la propriété. Et qu’est-ce que c’est que la propriété ? C’est le résultat du travail. (Oui ! oui !) Il m’est impossible de comprendre la manière dont certains socialistes ont posé cette question. Ce que je veux, ce que j’entends, c’est que l’accès de la propriété soit rendu facile à l’homme qui travaille, c’est que l’homme qui travaille soit sacré pour celui qui ne travaille plus. Il vient une heure où l’on se repose. Qu’à l’heure où l’on se repose, on se souvienne de ce qu’on a souffert lorsqu’on travaillait, qu’on s’en souvienne pour améliorer sans cesse le sort des travailleurs ! Le but d’une société bien faite, le voici : élargir et adoucir sans cesse la montée, autrefois si rude, qui conduit du travail à la propriété, de la condition pénible à la condition heureuse, du prolétariat à l’émancipation, des ténèbres où sont les esclaves à la lumière où