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disent encore : Qu’elle est heureuse ! (Applaudissements.)

Ne vous y trompez pas, — et je voudrais que mes paroles dépassassent cette enceinte étroite, et peut-être la dépasseront-elles, — la propagande de la république est toute dans la beauté de son développement régulier, et la propagande de la république, c’est sa vie même. Pour que la république s’établisse a jamais en France, il faut qu’elle s’établisse hors de France, et pour qu’elle s’établisse hors de France il faut qu’elle se fasse accepter par la conscience du genre humain. (Bravo ! bravo !)

Vous connaissez maintenant le fond de mon cœur. Toute ma pensée, je pourrais la résumer en un seul mot ; ce mot, le voici : haine vigoureuse de l’anarchie, tendre et profond amour du peuple. (Vive et unanime adhésion.) J’ajoute ceci, et tout ce que j’ai écrit, et tout ce que j’ai fait dans ma vie publique est là pour le prouver, pas une page n’est sortie de ma plume depuis que j’ai l’âge d’homme, pas un mot n’est sorti de ma bouche qui ne soit d’accord avec les paroles que je prononce en ce moment. (Oui ! oui ! c’est vrai !) Vous le savez tous, vous, mes amis, mes confrères, mes frères, je suis aujourd’hui l’homme que j’étais hier, l’avocat dévoué de cette grande famille populaire qui a souffert trop longtemps ; le penseur ami des travailleurs, le travailleur ami des penseurs ; l’écrivain qui veut pour l’ouvrier, non l’aumône qui dégrade, mais le travail qui honore. (Très bien !) Je suis l’homme qui, hier, défendait le peuple au milieu des riches, et qui, demain, défendrait, s’il le fallait, les riches au milieu du peuple. (Nouvelle adhésion.) C’est ainsi que je comprends, avec tous les devoirs qu’il contient, ce mot sublime qui m’apparaît écrit par la main de Dieu même, au-dessus de toutes les nations, dans la lumière éternelle des cieux, fraternité ! (Acclamations.)

M. Paulin regrette que le citoyen Victor Hugo, dont il admire l’immense talent, ait cru devoir signaler le danger de l’anarchie sans parler du danger de la réaction. Il pense que la révolution de février n’est pas une révolution politique, mais une révolution sociale. Il demande au citoyen Victor Hugo s’il est d’avis que le prolétariat doive disparaître de la société.