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Depuis l’époque dont je vous parle, en quelques semaines, les linéaments confus des questions politiques se sont éclaircis, les événements ont brusquement éclairé d’un jour providentiel l’intérieur de toutes les pensées, et, à l’heure qu’il est, la situation est d’une éclatante simplicité. Il n’y a plus que deux questions : la vie ou la mort. D’un côté, il y a les hommes qui veulent la liberté, l’ordre, la paix, la famille, la propriété, le travail, le crédit, la sécurité commerciale, l’industrie florissante, le bonheur du peuple, la grandeur de la patrie, en un mot, la prospérité de tous composée du bien-être de chacun. De l’autre côté, il y a les hommes qui veulent l’abîme. Il y a les hommes qui ont pour rêve et pour idéal d’embarquer la France sur une espèce de radeau de la Méduse où l’on se dévorerait en attendant la tempête et la nuit ! (Mouvement.)

Je n’ai pas besoin de vous dire que je ne suis pas de ces hommes-là, que je n’en serai jamais ! (Non ! non ! nous le savons !) Je lutterai de front jusqu’à mon dernier souffle contre ces mauvais citoyens qui voudraient imposer la guerre à la France par l’émeute et la dictature au peuple par la terreur. Ils me trouveront toujours là, debout, devant eux, comme citoyen à la tribune, ou comme soldat dans la rue. (Très bien ! très bien !)

Ce que je veux, vous le savez. Je l’ai dit il y a peu de jours. Je l’ai dit à mon pays tout entier. Je l’ai dit en prenant toutes mes convictions dans mon âme, en essayant d’arracher du cœur de tous les honnêtes gens la parole que chacun pense et que personne n’ose dire. Eh bien, cette parole, je l’ai dite ! Mon choix est fait ; vous le connaissez. Je veux une république qui fasse envie à tous les peuples, et non une république qui leur fasse horreur ! Je veux, moi, et vous aussi vous voulez une république si noble, si pure, si honnête, si fraternelle, si pacifique que toutes les nations soient tentées de l’imiter et de l’adopter. Je veux une république si sainte et si belle que, lorsqu’on la comparera à toutes les autres formes de gouvernement, elle les fasse évanouir rien que par la comparaison. Je veux une république telle que toutes les nations en regardant la France ne disent pas seulement : Qu’elle est grande ! mais