Page:Hugo - Actes et paroles - volume 1.djvu/141

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


barricades de février sous la mousqueterie et la fusillade, mais c’est quelque chose aussi que d’être sans cesse, sans trêve, sans relâche, debout sur les barricades de la pensée, exposé aux haines du pouvoir et à la mitraille des partis. (Applaudissements.) Les ouvriers, nos frères, ont lutté trois jours ; nous, travailleurs de l’intelligence, nous avons lutté vingt ans.

Avisez donc à ce grand intérêt. Que l’un de vous parle pour vous, que votre drapeau, qui est le drapeau même de la civilisation, soit tenu au milieu de la mêlée par une main ferme et illustre. Faites prévaloir les idées ! Montrez que la gloire est une force ! (Bravo !) Même quand les révolutions ont tout renversé, il y a une puissance qui reste debout, la pensée. Les révolutions brisent les couronnes, mais n’éteignent pas les auréoles. (Longs applaudissements.)

Un des auteurs présents ayant demandé à M. Victor Hugo ce qu’il ferait si un club marchait sur l’assemblée constituante, M. Victor Hugo réplique :

Je prie M. Théodore Muret de ne point oublier que je ne me présente pas ; je vais lui répondre cependant, mais je lui répondrai comme électeur et non comme candidat. (Mouvement d’attention.) Dans un moment où le système électoral le plus large et le plus libéral que les hommes aient jamais pu, je ne dis pas réaliser, mais rêver, appelle tous les citoyens à déposer leur vote, tous, depuis le premier jusqu’au dernier, — je me trompe, il n’y a plus maintenant ni premier, ni dernier, — tous, veux-je dire, depuis ce qu’on appelait autrefois le premier jusqu’à ce qu’on appelait autrefois le dernier ; dans un moment où de tous ces votes réunis va sortir l’assemblée définitive, l’assemblée suprême qui sera, pour ainsi dire, la majesté visible de la France, s’il était possible qu’à l’heure où ce sénat prendra possession de la plénitude légitime de son autorité souveraine, il existât dans un coin quelconque de Paris une fraction, une coterie, un groupe d’hommes, je ne dirai pas assez coupables, mais assez insensés, pour oser, dans un paroxysme d’orgueil, mettre leur petite volonté face à face et de front avec la volonté auguste de cette assemblée qui sera le pays même, je me précipiterais