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I
LETTRE AUX ÉLECTEURS

20 juin 1848.

Des électeurs écrivent à M. Victor Hugo pour lui proposer la candidature à l’assemblée nationale constituante. Il répond :

Messieurs,

J’appartiens à mon pays, il peut disposer de moi.

J’ai un respect, exagéré peut-être, pour la liberté du choix ; trouvez bon que je pousse ce respect jusqu’à ne pas m’offrir.

J’ai écrit trente-deux volumes, j’ai fait jouer huit pièces de théâtre ; j’ai parlé six fois à la chambre des pairs, quatre fois en 1846, le 14 février, le 20 mars, le 1er avril, le 5 juillet, une fois en 1847, le 14 juin, une fois en 1848, le 13 janvier. Mes discours sont au Moniteur.

Tout cela est au grand jour. Tout cela est livré à tous. Je n’ai rien à y retrancher, rien à y ajouter.

Je ne me présente pas. À quoi bon ? Tout homme qui a écrit une page en sa vie est naturellement présenté par cette page s’il y a mis sa conscience et son cœur.

Mon nom et mes travaux ne sont peut-être pas absolument inconnus de mes concitoyens. Si mes concitoyens jugent à propos, dans leur liberté et dans leur souveraineté, de m’appeler à siéger, comme leur représentant, dans l’assemblée qui va tenir en ses mains les destinées de la France et de l’Europe, j’accepterai avec recueillement