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les idées ; que l’évangile contient toutes les chartes ; que la liberté de tous les peuples comme la délivrance de tous les esclaves était dans le cœur du Christ et doit être dans le cœur de l’évêque ; que, lorsqu’il le veut, l’homme de paix est un plus grand conquérant que l’homme de guerre, et un conquérant meilleur ; que celui-là qui a dans l’âme la vraie charité divine, la vraie fraternité humaine, a en même temps dans l’intelligence le vrai génie politique, et qu’en un mot, pour qui gouverne les hommes, c’est la même chose d’être saint et d’être grand. (Adhésion.)

Messieurs, je ne parlerai jamais de l’ancienne papauté, de l’antique papauté, qu’avec vénération et respect ; mais je dis cependant que l’apparition d’un tel pape est un événement immense. (Interruption.)

Oui, j’y insiste, un pape qui adopte la révolution française (bruit), qui en fait la révolution chrétienne, et qui la mêle à cette bénédiction qu’il répand du haut du balcon Quirinal sur Rome et sur l’univers, urbi et orbi, un pape qui fait cette chose extraordinaire et sublime, n’est pas seulement un homme, il est un événement.

Événement social, événement politique. Social, car il en sortira toute une phase de civilisation nouvelle ; politique, car il en sortira une nouvelle Italie.

Ou plutôt, je le dis, le cœur plein de reconnaissance et de joie, il en sortira la vieille Italie.

Ceci est l’autre aspect de ce grand fait européen. (Interruption. Beaucoup de pairs protestent.)

Oui, messieurs, je suis de ceux qui tressaillent en songeant que Rome, cette vieille et féconde Rome, cette métropole de l’unité, après avoir enfanté l’unité de la foi, l’unité du dogme, l’unité de la chrétienté, entre en travail encore une fois, et va enfanter peut-être, aux acclamations du monde, l’unité de l’Italie. (Mouvements divers.)

Ce nom merveilleux, ce mot magique, l’Italie, qui a si longtemps exprimé parmi les hommes la gloire des armes, le génie conquérant et civilisateur, la grandeur des lettres, la splendeur des arts, la double domination par le glaive et par l’esprit, va reprendre, avant un quart de siècle peut-être, sa signification sublime, et redevenir, avec l’aide de Dieu et de celui qui n’aura jamais été mieux nommé son