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L’exil est une désignation à la couronne, les exilés sont des en-cas. (Mouvement.) Tout au contraire, rendre à des princes bannis, sur leur demande, leur droit de cité, c’est leur ôter toute importance, c’est leur déclarer qu’on ne les craint pas, c’est leur démontrer par le fait que leur temps est fini. Pour me servir d’expressions précises, leur restituer leur qualité civique, c’est leur retirer leur signification politique. Cela me paraît évident. Replacez-les donc dans la loi commune ; laissez-les, puisqu’ils vous le demandent, laissez-les rentrer en France comme de simples et nobles français qu’ils sont, et vous ne serez pas seulement justes, vous serez habiles.

Je ne veux remuer ici, cela va sans dire, aucune passion. J’ai le sentiment que j’accomplis un devoir en montant à cette tribune. Quand j’apporte au roi Jérôme-Napoléon, exilé, mon faible appui, ce ne sont pas seulement toutes les convictions de mon âme, ce sont tous les souvenirs de mon enfance qui me sollicitent. Il y a, pour ainsi dire, de l’hérédité dans ce devoir, et il me semble que c’est mon père, vieux soldat de l’empire, qui m’ordonne de me lever et de parler. (Sensation.) Aussi je vous parle, messieurs les pairs, comme on parle quand on accomplit un devoir. Je ne m’adresse, remarquez-le, qu’à ce qu’il y a de plus calme, de plus grave, de plus religieux dans vos consciences. Et c’est pour cela que je veux vous dire et que je vais vous dire, en terminant, ma pensée tout entière sur l’odieuse iniquité de cette loi dont je provoque l’abrogation. (Marques d’attention.)

Messieurs les pairs, cet article d’une loi française qui bannit à perpétuité du sol français la famille de Napoléon me fait éprouver je ne sais quoi d’inouï et d’inexprimable. Tenez, pour faire comprendre ma pensée, je vais faire une supposition presque impossible. Certes, l’histoire des quinze premières années de ce siècle, cette histoire que vous avez faite, vous, généraux, vétérans vénérables devant qui je m’incline et qui m’écoutez dans cette enceinte… (mouvement), cette histoire, dis-je, est connue du monde entier, et il n’est peut-être pas, dans les pays les plus lointains, un être humain qui n’en ait entendu parler. On a trouvé en Chine, dans une pagode, le buste de Napoléon