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nous de lutter. Par quels moyens ? Par tous les moyens que l’art, que la science, que la pensée, que l’industrie mettent à notre service. Ces moyens, je les ignore, ce n’est pas moi qui peux utilement les indiquer ; je ne peux que provoquer, je ne peux que désirer un travail sérieux sur la matière, une grande impulsion de l’état. Mais ce que je sais, ce que vous savez comme moi, ce que j’affirme, c’est que ces forces, ces marées qui montent, ces fleuves qui descendent, ces forces qui détruisent, peuvent aussi créer, réparer, féconder ; elles enfantent le désordre, mais, dans les vues éternelles de la providence, c’est pour l’ordre qu’elles sont faites. Secondons ces grandes vues ; peuple, chambres, législateurs, savants, penseurs, gouvernants, ayons sans cesse présente à l’esprit cette haute et patriotique idée, fortifier, fortifier dans tous les sens du mot, le littoral de la France, le fortifier contre l’Angleterre, le fortifier contre l’Océan ! Dans ce grand but, stimulons l’esprit de découverte et de nouveauté, qui est comme l’âme de notre époque. C’est là la mission d’un peuple comme la France. Dans ce monde, c’est la mission de l’homme lui-même, Dieu l’a voulu ainsi ; partout où il y a une force, il faut qu’il y ait une intelligence pour la dompter. La lutte de l’intelligence humaine avec les forces aveugles de la matière est le plus beau spectacle de la nature ; c’est par là que la création se subordonne à la civilisation et que l’œuvre complète de la providence s’exécute.

Je vote donc pour le projet de loi ; mais je demande à M. le ministre des travaux publics un examen approfondi de toutes les questions qu’il soulève. Je demande que les points que je n’ai pu parcourir que très rapidement, j’en ai indiqué les motifs à la chambre, soient étudiés avec tous les moyens dont le gouvernement dispose, grâce à la centralisation. Je demande qu’à l’une des sessions prochaines un travail général, un travail d’ensemble, soit apporté aux chambres. Je demande que la question grave du littoral soit mise désormais à l’ordre du jour pour les pouvoirs comme pour les esprits. Ce n’est pas trop de toute l’intelligence de la France pour lutter contre toutes les forces de la mer. (Approbation sur tous les bancs.)