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sinistres abondent dans ces parages. De 1836 à 1844, en sept ans, quatrevingt-douze navires se sont perdus sur cette côte ; un port de refuge les eût sauvés.

Voilà donc les divers points sur lesquels j’appelle la sollicitude du gouvernement : premièrement, étudier dans son ensemble la question du littoral que je n’ai pu qu’effleurer ; deuxièmement, examiner le système proposé par M. Bernard Fortin, ingénieur de l’état, pour l’embouchure des fleuves et notamment pour le Havre ; troisièmement, étudier et généraliser l’application du brise-lame ; quatrièmement, créer des ports de refuge.

Je voudrais qu’un bon sens ferme et ingénieux comme celui de l’honorable M. Dumon s’appliquât à l’étude et à la solution de ces diverses questions. Je voudrais qu’il nous fût présenté à la session prochaine un ensemble de mesures qui régulariserait toutes celles qu’on a prises jusqu’à ce jour et à l’efficacité desquelles je m’associe en grande partie. Je suis loin de méconnaître tout ce qui a été fait, pourvu qu’on reconnaisse tout ce qui peut être fait encore ; et pour ma part j’appuie le projet de loi. Une somme de cent cinquante millions a été dépensée depuis dix ans dans le but d’améliorer les ports ; cette somme aurait pu être utilisée dans un système plus grand et plus vaste ; cependant cette dépense a été localement utile et a obvié à de grands inconvénients, je suis loin de le nier. Mais ce que je demande à M. le ministre des travaux publics, c’est l’examen approfondi de toutes ces questions. Nous sommes en présence de deux phénomènes contraires sur notre double littoral. Sur l’un, nous avons l’Océan qui s’avance ; sur l’autre, la Méditerranée qui se retire. Deux périls également graves. Sur la côte de l’Océan, nos ports périssent par l’encombrement ; sur la côte de la Méditerranée, ils périssent par l’atterrissement.

Je ne dirai plus qu’un mot, messieurs. La nature nous a fait des dons magnifiques ; elle nous a donné ce double littoral sur l’Océan et sur la Méditerranée. Elle nous a donné des rades nombreuses sur les deux mers, des havres de commerce, des ports de guerre. Eh bien, il semble, quand on examine certains phénomènes, qu’elle veuille nous les retirer. C’est à nous de nous défendre, c’est à