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moins de cinquante ans, quelquefois un coup d’équinoxe. Il y a la destruction continue et la destruction brusque.

Depuis l’embouchure de la Somme jusqu’à l’embouchure de la Seine, si l’on voulait compter toutes les dégradations quotidiennes qui ont lieu, on serait effrayé. Étretat s’écroule sans cesse ; le Bourgdault avait deux villages il y a un siècle, le village du bord de la mer, et le village du haut de la côte. Le premier a disparu, il n’existe aujourd’hui que le village du haut de la côte. Il y avait une église, l’église d’en bas, qu’on voyait encore il y a trente ans, seule et debout au milieu des flots comme un navire échoué ; un jour l’ouragan a soufflé, un coup de mer est venu, l’église a sombré. (Mouvement.) Il ne reste rien aujourd’hui de cette population de pêcheurs, de ce petit port si utile. Messieurs, vous ne l’ignorez pas, Dieppe s’encombre tous les jours ; vous savez que tous nos ports de la Manche sont dans un état grave, et pour ainsi dire atteints d’une maladie sérieuse et profonde.

Vous parlerai-je du Havre, dont l’état doit vous préoccuper au plus haut degré ? J’insiste sur ce point ; je sais que ce port n’a pas été mis dans la loi, je voudrais cependant qu’il fixât l’attention de M. le ministre des travaux publics. Je prie la chambre de me permettre de lui indiquer rapidement quels sont les phénomènes qui amèneront, dans un temps assez prochain, la destruction de ce grand port, qui est à l’Océan ce que Marseille est à la Méditerranée. (Parlez ! parlez !)

Messieurs, il y a quelques jours on discutait devant vous, avec une remarquable lucidité de vues, la question de la marine ; cette question a été traitée dans une autre enceinte avec une égale supériorité. La puissance maritime d’une nation se fonde sur quatre éléments : les vaisseaux, les matelots, les colonies et les ports ; je cite celui-ci le dernier, quoiqu’il soit le premier. Eh bien, la question des vaisseaux et des matelots a été approfondie, la question des colonies a été effleurée ; la question des ports n’a pas été traitée, elle n’a pas même été entrevue. Elle se présente aujourd’hui, c’est le moment sinon de la traiter à fond, au moins de l’effleurer aussi. (Oui ! oui !)

C’est du gouvernement que doivent venir les grandes