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voudrais la voir présenter et soutenir par l’excellent esprit et l’excellente parole de l’honorable ministre qui tient en ce moment le portefeuille des travaux publics.

L’objet de cette grande loi dont je déplore l’absence, le voici : maintenir, consolider et améliorer au double point de vue militaire et commercial la configuration du littoral de la France. (Mouvement d’attention.)

Messieurs, si on venait vous dire : Une de vos frontières est menacée ; vous avez un ennemi qui, à toute heure, en toute saison, nuit et jour, investit et assiège une de vos frontières, qui l’envahit sans cesse, qui empiète sans relâche, qui aujourd’hui vous dérobe une langue de terre, demain une bourgade, après-demain une ville frontière ; si l’on vous disait cela, à l’instant même cette chambre se lèverait et trouverait que ce n’est pas trop de toutes les forces du pays pour le défendre contre un pareil danger. Eh bien, messieurs les pairs, cette frontière, elle existe, c’est votre littoral ; cet ennemi, il existe, c’est l’océan. (Mouvement.) Je ne veux rien exagérer. M. le ministre des travaux publics sait comme moi que les dégradations des côtes de France sont nombreuses et rapides ; il sait, par exemple, que cette immense falaise, qui commence à l’embouchure de la Somme et qui finit à l’embouchure de la Seine, est dans un état de démolition perpétuelle. Vous n’ignorez pas que la mer agit incessamment sur les côtes ; de même que l’action de l’atmosphère use les montagnes, l’action de la mer use les côtes. L’action atmosphérique se complique d’une multitude de phénomènes. Je demande pardon à la chambre si j’entre dans ces détails, mais je crois qu’ils sont utiles pour démontrer l’urgence du projet actuel et l’urgence d’une plus grande loi sur cette matière. (De toutes parts : Parlez ! parlez !)

Messieurs, je viens de le dire, l’action de l’atmosphère qui agit sur les montagnes se complique d’une multitude de phénomènes ; il faut des milliers d’années à l’action atmosphérique pour démolir une muraille comme les Pyrénées, pour créer une ruine comme le cirque de Gavarnie, ruine qui est en même temps le plus merveilleux des édifices. Il faut très peu de temps aux flots de la mer pour dégrader une côte ; un siècle ou deux suffisent, quelquefois