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Autrefois, la malédiction de Rome pouvait placer un empire en dehors du monde religieux ; aujourd’hui l’indignation de la France peut jeter un prince en dehors du monde civilisé.

Il faut donc, il faut que la tribune française, à cette heure, élève en faveur de la nation polonaise une voix désintéressée et indépendante ; qu’elle proclame, en cette occasion, comme en toutes, les éternelles idées d’ordre et de justice, et que ce soit au nom des idées de stabilité et de civilisation qu’elle défende la cause de la Pologne opprimée. Après toutes nos discordes et toutes nos guerres, les deux nations dont je parlais en commençant, cette France qui a élevé et mûri la civilisation de l’Europe, cette Pologne qui l’a défendue, ont subi des destinées diverses ; l’une a été amoindrie, mais elle est restée grande ; l’autre a été enchaînée, mais elle est restée fière. Ces deux nations aujourd’hui doivent s’entendre, doivent avoir l’une pour l’autre cette sympathie profonde de deux sœurs qui ont lutté ensemble. Toutes deux, je l’ai dit et je le répète, ont beaucoup fait pour l’Europe ; l’une s’est prodiguée, l’autre s’est dévouée.

Messieurs, je me résume et je finis par un mot. L’intervention de la France dans la grande question qui nous occupe, cette intervention ne doit pas être une intervention matérielle, directe, militaire, je ne le pense pas. Cette intervention doit être une intervention purement morale ; ce doit être l’adhésion et la sympathie hautement exprimées d’un grand peuple, heureux et prospère, pour un autre peuple opprimé et abattu. Rien de plus, mais rien de moins.