Page:Hugo - Actes et paroles - volume 1.djvu/108

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


France conseille, il se fait un travail mystérieux dans les esprits, et les idées de droit et de liberté, d’humanité et de raison, germent chez tous les peuples.

Dans tous les temps, à toutes les époques, la France a joué dans la civilisation ce rôle considérable, et ceci n’est que du pouvoir spirituel, c’est le pouvoir qu’exerçait Rome au moyen âge. Rome était alors un état de quatrième rang, mais une puissance de premier ordre. Pourquoi ? C’est que Rome s’appuyait sur la religion des peuples, sur une chose d’où toutes les civilisations découlent.

Voilà, messieurs, ce qui a fait Rome catholique puissante, à une époque où l’Europe était barbare.

Aujourd’hui la France a hérité d’une partie de cette puissance spirituelle de Rome ; la France a, dans les choses de la civilisation, l’autorité que Rome avait et a encore dans les choses de la religion.

Ne vous étonnez pas, messieurs, de m’entendre mêler ces mots, civilisation et religion ; la civilisation, c’est la religion appliquée.

La France a été et est encore plus que jamais la nation qui préside au développement des autres peuples.

Que de cette discussion il résulte au moins ceci : les princes qui possèdent des peuples ne les possèdent pas comme maîtres, mais comme pères ; le seul maître, le vrai maître est ailleurs ; la souveraineté n’est pas dans les dynasties, elle n’est pas dans les princes, elle n’est pas dans les peuples non plus, elle est plus haut ; la souveraineté est dans toutes les idées d’ordre et de justice, la souveraineté est dans la vérité.

Quand un peuple est opprimé, la justice souffre, la vérité, la souveraineté du droit, est offensée ; quand un prince est injustement outragé ou précipité du trône, la justice souffre également, la civilisation souffre également. Il y a une éternelle solidarité entre les idées de justice qui font le droit des peuples et les idées de justice qui font le droit des princes. Dites-le aujourd’hui aux têtes couronnées comme vous le diriez aux peuples dans l’occasion.

Que les hommes qui gouvernent les autres hommes le sachent, le pouvoir moral de la France est immense.