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qui dominait la royauté elle-même, et qui, des lois, avait presque passé dans les mœurs. Dans la première moitié du dix-huitième siècle, de 1700 à 1750, le saint-office n’a pas fait moins de douze mille victimes, dont seize cents moururent sur le bûcher. Eh bien, écoutez ceci. Dans la seconde moitié du même siècle, cette même inquisition n’a fait que quatrevingt-dix-sept victimes. Et, sur ce nombre, combien de bûchers a-t-elle dressés ? Pas un seul. Pas un seul ! Entre ces deux chiffres, douze mille et quatrevingt-dix-sept, seize cents bûchers et pas un seul, qu’y a-t-il ? Y a-t-il une guerre ? y a-t-il intervention directe et armée d’une nation ? y a-t-il effort de nos flottes et de nos armées, ou même simplement de notre diplomatie ? Non, messieurs, il n’y a eu que ceci, une intervention morale. Voltaire et la France ont parlé, l’inquisition est morte.

Aujourd’hui comme alors une intervention morale peut suffire. Que la presse et la tribune françaises élèvent la voix, que la France parle, et, dans un temps donné, la Pologne renaîtra.

Que la France parle, et les actes sauvages que nous déplorons seront impossibles, et l’Autriche et la Russie seront contraintes d’imiter le noble exemple de la Prusse, d’accepter les nobles sympathies de l’Allemagne pour la Pologne.

Messieurs, je ne dis plus qu’un mot. L’unité des peuples s’incarne de deux façons, dans les dynasties et dans les nationalités. C’est de cette manière, sous cette double forme, que s’accomplit ce difficile labeur de la civilisation, œuvre commune de l’humanité ; c’est de cette manière que se produisent les rois illustres et les peuples puissants. C’est en se faisant nationalité ou dynastie que le passé d’un empire devient fécond et peut produire l’avenir. Aussi c’est une chose fatale quand les peuples brisent des dynasties ; c’est une chose plus fatale encore quand les princes brisent des nationalités.

Messieurs, la nationalité polonaise était glorieuse ; elle eût dû être respectée. Que la France avertisse les princes, qu’elle mette un terme et qu’elle fasse obstacle aux barbaries. Quand la France parle, le monde écoute ; quand la