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une attitude à la fois sereine et redoutable, sereine parce qu’il espère, redoutable parce qu’il se souvient.

Ce qui fait qu’aujourd’hui j’élève la parole, c’est que le frémissement généreux de la France, je le sens comme vous tous ; c’est que la Pologne ne doit jamais appeler la France en vain ; c’est que je sens la civilisation offensée par les actes récents du gouvernement autrichien. Dans ce qui vient de se faire en Gallicie, les paysans n’ont pas été payés, on le nie du moins ; mais ils ont été provoqués et encouragés, cela est certain. J’ajoute que cela est fatal. Quelle imprudence ! s’abriter d’une révolution politique dans une révolution sociale ! Redouter des rebelles et créer des bandits !

Que faire maintenant ? Voilà la question qui naît des faits eux-mêmes et qu’on s’adresse de toutes parts. Messieurs les pairs, cette tribune a un devoir. Il faut qu’elle le remplisse. Si elle se taisait, M. le ministre des affaires étrangères, ce grand esprit, serait le premier, je n’en doute pas, à déplorer son silence.

Messieurs, les éléments du pouvoir d’une grande nation ne se composent pas seulement de ses flottes, de ses armées, de la sagesse de ses lois, de l’étendue de son territoire. Les éléments du pouvoir d’une grande nation sont, outre ce que je viens de dire, son influence morale, l’autorité de sa raison et de ses lumières, son ascendant parmi les nations civilisatrices.

Eh bien, messieurs, ce qu’on vous demande, ce n’est pas de jeter la France dans l’impossible et dans l’inconnu ; ce qu’on vous demande d’engager dans cette question, ce ne sont pas les armées et les flottes de la France, ce n’est pas sa puissance continentale et militaire, c’est son ascendant moral, c’est l’autorité qu’elle a si légitimement parmi les peuples, cette grande nation qui fait au profit du monde entier depuis trois siècles toutes les expériences de la civilisation et du progrès.

Mais qu’est-ce que c’est, dira-t-on, qu’une intervention morale ? Peut-elle avoir des résultats matériels et positifs ?

Pour toute réponse, un exemple.

Au commencement du dernier siècle, l’inquisition espagnole était encore toute-puissante. C’était un pouvoir formidable