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C’est là, messieurs, la destinée de la Pologne. Mais la Pologne, messieurs les pairs, est grande encore parmi vous ; elle est grande dans les sympathies de la France ; elle est grande dans les respects de l’Europe ! Pourquoi ? C’est qu’elle a servi la communauté européenne ; c’est qu’à certains jours, elle a rendu à toute l’Europe de ces services qui ne s’oublient pas.

Aussi, lorsque, il y a quatrevingts ans, cette nation a été rayée du nombre des nations, un sentiment douloureux, un sentiment de profond respect s’est manifesté dans l’Europe entière.

En 1773, la Pologne est condamnée ; quatrevingts ans ont passé, et personne ne pourrait dire que ce fait soit accompli. Au bout de quatrevingts ans, ce grave fait de la radiation d’un peuple, non, ce n’est point un fait accompli ! Avoir démembré la Pologne, c’était le remords de Frédéric II ; n’avoir pas relevé la Pologne, c’était le regret de Napoléon.

Je le répète, lorsqu’une nation a rendu au groupe des autres nations de ces services éclatants, elle ne peut plus disparaître ; elle vit, elle vit à jamais ! Opprimée ou heureuse, elle rencontre la sympathie ; elle la trouve toutes les fois qu’elle se lève.

Certes, je pourrais presque me dispenser de le dire, je ne suis pas de ceux qui appellent les conflits des puissances et les conflagrations populaires. Les écrivains, les artistes, les poëtes, les philosophes, sont les hommes de la paix. La paix fait fructifier les idées en même temps que les intérêts. C’est un magnifique spectacle depuis trente ans que cette immense paix européenne, que cette union profonde des nations dans le travail universel de l’industrie, de la science et de la pensée. Ce travail, c’est la civilisation même.

Je suis heureux de la part que mon pays prend à cette paix féconde, je suis heureux de sa situation libre et prospère sous le roi illustre qu’il s’est donné ; mais je suis fier aussi des frémissements généreux qui l’agitent quand l’humanité est violée, quand la liberté est opprimée sur un point quelconque du globe ; je suis fier de voir, au milieu de la paix de l’Europe, mon pays prendre et garder