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Nuit, sanglots. Un vent triste, à travers des trouées,

Tord les flammes sans cesse aux flammes renouées,

L'ardente lave enflée emplit les porches sourds,

Et le ciel dit: jamais! Et l'enfer dit: toujours!

Et tout ce qui sur terre a, par vice ou paresse,

Mal usé du temps, fait un faux pas dans l'ivresse,

Erré, failli, péché, quiconque chancela,

Ne fût-ce qu'un instant, une minute, est là!

Châtiment! Précipice! En douter, impossible.

Qu'avons-nous là devant nos yeux? L'enfer visible.

Son souffle jusqu'à nous vient pestilentiel!

L'âtre de Bélial fait jusqu'en notre ciel,

Avec la fumée âcre et rouge de la cuve,

Monter sa cheminée horrible. Le Vésuve. L'Etna.

Le Stromboli funèbre. Au nord l'Hékla.

Mais à quoi donc penser si ce n'est à cela?

Nous avons devant nous, béant sous notre terre,

Crachant la flamme et l'ombre et la mort, ce mystère.

Nous pouvons nous pencher et regarder dedans.

La nuit nous pouvons voir les damnés, les ardents,

Rouler en tourbillons comme des étincelles,

S'enfuir, et retomber, le feu brûlant leurs ailes .

Hélas! pas de sortie et de fuite. Rentrez.

Rentrez dans vos cachots de braise pénétrés.

Redevenez les flots du noir chaos de flamme.

Au-dessus de vous rit Satan, l'immense infâme!

Ils roulent effrayants, rongés de toutes parts,

Tisons vivants, fumée et flamme, affreux, épars,

Dans l'immobilité morne des étendues.

Tous les serpents du feu lèchent leurs mains tordues;

L'huile les mord, le plomb les boit, la poix les fond;

Ils ont sur eux l'énorme aveuglement sans fond,

Et l'infini farouche, à travers tous ses cribles,

Ne laisse rien passer que ces deux mots terribles:

Jamais! Toujours! - Mon Dieu! qui donc aura pitié?

Moi! Je viens sauver l'homme. Oui, l'homme amnistié,

J'ai cette obsession. En moi l'amour sublime

Crie, et je combattrai l'abîme par l'abîme.

Dominique ébaucha, j'achèverai. L'enfer!

Comment faire tomber le couvercle de fer?

Comment sur cette pente épouvantable, ô Rome,

O Jésus, arrêter l'écroulement de l'homme?

J'ai trouvé. C'est d'ailleurs indiqué par saint Paul .

Car l'aigle, c'est la joie altière de son vol,