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SCÈNE IV.
CROMWELL, SIR WILLIAM MURRAY ;
LES QUATRE FOUS, toujours dans leur cachette.
CROMWELL, l’œil fixé sur la poterne par où les cavaliers sont entrés.
Ils y sont !
SIR WILLIAM MURRAY, se frottant les mains.
Par ma barbe, enfin nous y voilà ! —
Ce grand Cromwell que rien au monde n’égala,

Ce fameux général, ce profond politique,
À qui l’Europe chante un éternel cantique,
Ce maître, ce héros, pour qui le monde croit
Le sceptre trop léger, le trône trop étroit,
Se laisse prendre enfin, comme un oiseau sans ailes,
Par huit fous, qui n’ont pas entre eux tous deux cervelles !
Car je suis seul ici dont le cerveau soit bon.
Sans moi, rien n’était fait. — Cromwell ! un vagabond,
Un mince aventurier, à peine gentilhomme.
Là ! régner sur des rois comme un César de Rome !
Quelle leçon pourtant nous faisons à ces rois !
Celui dont la puissance humiliait leurs droits,
Surpris dans son palais ! par nous ! — ignominie ! —

Voilà quinze ans qu’on donne à cela du génie !
Se tournant vers Cromwell qui l’écoute avec sang-froid.
Concevez-vous, mon cher ? — Parce qu’il a gagné

Je ne sais quels combats…

CROMWELL, à part.
Où tu n’as pas donné !

SIR WILLIAM MURRAY, continuant.
Parce qu’avec des mots, des sermons, des grimaces,

Il sait plaire à la foule et remuer les masses.
Le monde se prosterne, au lieu de le huer ! —
Un rustre, qui ne sait pas même saluer !

CROMWELL, à part.
Il ne le sait pas, soit ; mais il l’apprend aux autres.