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être uniquement passives. Nous les appelons forces, elles sont peut-être Puissances. Le Ubi Vult indique dans le souffle une intention.

Que dit le vent ? À qui parle-t-il ? Quel est son interlocuteur ? À quelle oreille murmure-t-il ? Près de terre il se tait quelquefois ; dans les hautes latitudes, jamais. Il est la voix. Tous les autres bruits cessent ou s’interrompent, le sien persiste. La divagation du vent remplit l’air. C’est le grand murmure opiniâtre. Est-ce un monologue ? Est-ce une réplique ? Rien de plus monotone et de plus sublime. Ce radotage du gouffre était pris en mauvaise part jadis par beaucoup de philosophes. Les gymnosophes panthéistes, habitués à demander des comptes à la nature, s’en indignaient. Pourquoi ce sifflement, toujours le même ? Pourquoi ce grincement, toujours le même ? à quoi bon s’égosiller dans la nuée pour répéter sans cesse les mêmes choses ? variez vos exclamations. Un philosophe cynique qui s’appuyait sur un bâton vendu après sa mort un talent, cinq mille francs d’aujourd’hui, Pérégrinus Protée, dans les grands vents, se promenait au bord de la mer en haussant les épaules. Il assistait à la rumeur des souffles comme à une plaidoirie d’avocats. Il paraissait reprocher aux aquilons de recommencer toujours leurs éternels grondements, de commenter la tempête dans les mêmes termes, d’ennuyer l’auditoire, et d’assourdir les gens, avant de les noyer, de toutes ces banalités cruelles. Il eût volontiers dit : le naufrage sans phrases.

IX

Le vent en soi n’est pas une force : il n’est qu’une rapidité ; mais rapidité, c’est vigueur. Force telle après tout, que le brusque arrêt d’une vitesse se solde par la combustion instantanée. L’élan se résout en feu. L’élan produit la percussion. Par la rapidité le zéphir devient projectile. La vitesse écrase. Le bond, qui fait le tigre, fait aussi l’ouragan. En 1836, un vent parti de Londres à dix heures du matin était à dix heures du soir à Stettin. Un autre, le 27 février 1860, a roulé sur Paris en une demi-heure vingt-deux millions pesant de tonnes d’air. Un autre, sur ce même Paris, le 23 mai 1865, versa en trente minutes seize cent mille mètres cubes d’eau. Et, près des vents d’Afrique et d’Asie, les vents d’Europe ne sont rien.

Quelques météorologistes affirment que le cyclone fait parfois, comme le boulet de canon, six cents lieues à l’heure. Il y a là, nous le pensons, exagération.

Les coups de force de cette vitesse sont merveilleux. Un souffle passe, et arrache une caronade de trente du pont de la frégate Sané ; un autre, à Jersey, en 1854, près Saint-Luc, jette un mur de vingt toises de long tout d’une pièce à plat, comme une feuille de papier sur la terre ; un autre, en