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particulier à ces violents vents de Norwège qui, une fois, ont fait en un jour baisser le baromètre de vingt et un millimètres à Skudernoè’s et de trente et un millimètres à Christiansund ?


V

L’insondable a sa machine. Laplace dit : la mécanique céleste. Ses . rouages sont pour nous invisibles, tant ils sont démesurés. Ses bras de levier vont de ce que nous nommons la réalité à ce que nous nommons l’abstraction. Il a des prises de force jusque dans le point géométrique. Aucune mesure, aucun rêve, ne peut donner l’idée de cette propagation de vitalité par voisinages grandissants ou décroissants, poussée vertigineuse de l’indéfini dans l’infini. L’infiniment grand arrive à l’infiniment petit et l’infiniment petit à l’infiniment grand. Prenez une pincée de tripoli, un pouce cube ; il y a dans ce pouce cube de poudre impalpable quarante et un milliards de squelettes. Quelle différence faites-vous, entre cette cendre et cette autre poussière qu’on nomme la Voie lactée ? Quelle est la plus prodigieuse des deux ?

Ici la bacillariée, là l’étoile. En haut comme en bas, petitesses ; en bas comme en haut, énormités.

La relation étant le mètre unique, le monde microscopique a des colosses. À côté de la monade crépusculaire, le kolpode à capuchon, c’est la baleine à côté du goujon. Entre l’univers microscopique et l’univers télescopique, il y a identité. Le gros bout de la lorgnette est toute la question.

L’homme lui-même, ce géant d’intelligence et de volonté, est microscopique. Un milliard d’hommes, toute la population du globe, tiendrait dans un cercueil de mille pieds de haut, de mille pieds de large et de six mille pieds de long. La moindre des Alpes, évidée et creusée, suffirait au sarcophage du genre humain.

La vie, c’est la communication de proche en proche ; filière, transmission, chaîne. Ce qu’on appelle la mort est un changement d’anneau. Aucune solution de continuité n’étant possible, la perpétuité du moi est la résultante du fait immanent. L’oubli d’avoir été serait une rupture de la chaîne. Nous voulons dire l’oubli définitif, car l’oubli momentané possible, et n’ôtant rien à la persistance du moi, est prouvé par le sommeil. Notre vie terrestre est probablement une sorte de sommeil. L’immortalité de l’âme n’est autre chose que l’adhérence universelle de la création régissant l’individu comme elle régit l’ensemble.

Ce qu’est cette adhérence, ce qu’est cette immanence, impossible de se le figurer. C’est tout à la fois l’amalgame qui engendre la solidarité et le moi qui crée les directions. Tout s’explique par le mot Rayonner.