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Victor Hugo raconte, entre autres faits d’armes, qu’il arriva aux chouans de détruire en un seul jour quatorze cantonnements républicains ; au tome II des Lettres, page 125, on lit :

Ainsi qu’on l’a observé, se croire invincible est le gage le plus sûr de la victoire ; aussi, dans les quatorze combats qui se succédèrent presque sans interruption, le succès ne fut pas un instant douteux. Ce jour-là rien ne put tenir devant les chouans…

À la bataille de Dol, Lantenac donne la lieutenance à Gouge-le-Bruant, surnommé Brise-Bleu ; on retrouve Brise-Bleu, dans les Lettres sur l’origine de la chouannerie. Victor Hugo a ajouté le surnom de l’Imânus qui exprime la laideur.

Dans Quatrevingt-treize un crieur public va de village en village lisant un décret de la Convention qui met hors la loi plusieurs des insurgés désignés dans les Mémoires du comte de Puisaye et dans les Lettres sur l’origine de la chouannerie : Lantenac (qui n’est autre que le comte de Puisaye), Gouge-le-Bruant dit Brise-Bleu, Grand-Francœur, Pique-en-Bois, Houzard, Chatenay dit Robi, Branche-d’Or, Belle-Vigne, la Musette, Brin-d’Amour, Chante-en-hiver, etc.

Toutes les instructions données par le marquis de Lantenac et transmises par Gouge-le-Bruant dit Brise-Bleu, indiquent aux vendéens qui l’écoutent que Delière avait le pays entre la route de Brest et la route d’Ernée, que Tréton dit Jambe-d’Argent occupait le pays entre le Roc et Laval, que Jacquet dit Taillefer était sur la lisière du Haut-Maine, etc. ; tous ces renseignements se retrouvent dans les Lettres sur l’origine de la chouannerie. Victor Hugo a tenu à respecter l’histoire en ce qui concerne les chefs et les combats. Il a voulu cependant mêler à quelques-uns des récits qu’il a imaginés des personnages vendéens : c’est ainsi que, dans l’assaut de la Tourgue, les blessés sont Chatenay dit Robi, Guinoiseau, Hoisnard, Branche-d’Or, Brin-d’Amour, Grand-Francœur, etc. L’histoire et l’invention se côtoient dans ce livre.

Nous avons montré à grands traits à quelles sources Victor Hugo avait puisé ses renseignements, et avec quel soin il avait lu un grand nombre de volumes. Nous avons reproduit les passages des divers livres consultés dont il s’était inspiré pour son roman. Nous avons donné le résultat de ses lectures. C’est là où l’on voit ce qui distingue le simple historien, narrateur des faits, du grand écrivain qui les anime de son souffle. Mais pour atteindre son but, pour ne retenir que ce qui pouvait servir de cadre à son roman, à quels efforts, à quelles recherches préalables l’auteur n’a-t-il pas dû se condamner ?

travail préliminaire.

Après avoir signalé dans une sorte de tableau d’ensemble les divers ouvrages consultés, il nous semble intéressant de suivre le travail ardu et minutieux auquel Victor Hugo s’est livré en ce qui concerne la guerre de la Vendée. Dans les Mémoires du comte Joseph de Puisaye et les Lettres sur l’origine de la chouannerie, de Duchemin-Descepeaux, que nous avons déjà cités, d’innombrables signets avec des annotations sont introduits dans les volumes. Victor Hugo n’a pas utilisé tous les faits qui ont éveillé son attention, il a retenu seulement ceux qui lui permettaient de caractériser d’une façon générale les hommes de la Vendée, leur vie, leur méthode de combat, leur âme ; il était d’ailleurs obligé d’omettre tous les événements qui ne se rapportaient pas à la période relativement courte de son roman. Il avait sans doute l’intention de se servir des renseignements recueillis