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La souveraineté du soleil a été patente pour les premier hommes. C’est bien de l’aube en effet qu’on pouvait dire : patuit dea. Le soleil était l’éclipsé du reste ; on le croyait seul, on le sacrait roi. Sol despotes cceli. Ainsi parle l’obélisque grec transcrit par Ammien Marcellin. Domino soli, dit l’inscription latine citée par Gruter. Beel-Samen (Seigneur du ciel), dit l’inscription arabe. L’homme, ne comprenant pas le soleil, l’a adoré. Les sept plus grands temples de la terre étaient au soleil. Sol deus magnus, dit encore l’obélisque grec construit peut-être par quelque chercheur d’aventure et de sagesse revenu de Chaldée. Le soleil, étude difficile, était une philosophie facile : faire de la lumière une religion, quoi de plus simple ; et le sabéisme est sorti tout naturellement de l’homme enivré et charmé de la visibilité de Dieu.

Mais de la constitution du soleil, de sa substance, de sa structure, de sa dynamique, de sa chimie, de sa loi interne, de sa loi externe, que sait-on ? Rien. L’astronomie est à tâtons dans le soleil. Cette splendeur est ténèbres.

Que ce soit l’observatoire de Storlus, en Russie, ou la station du cap Bon, en Afrique, qui l’étudié, la cécité est la même. Les questions se pressent, sans solution. Certaines parties du soleil semblent faire fonction de lune et envoyer de la lumière réfléchie. Pourquoi la lumière de la couronne est-elle polarisée et pourquoi la lumière des protubérances ne Pest-elle pas ? Pourquoi cette fleur, l’Hibiscus Africanus, ferme-t-elle sa corolle au moment d’une éclipse ? En lui-même, de quelle nature est ce foyer ? Globe obscur avec une photosphère, selon Arago ; globe incandescent avec une atmosphère d’incendie, selon Laplace. Les religions ne sont pas moins que la science perdues dans le soleil. Enfer pour celles qui le croient feu ; Paradis pour celles qui le croient lumière.

Chose étrange, on peut dire que nous ne voyons pas le soleil. Il nous accable de clarté ; il nous bande les yeux avec des rayons. Le soleil est là, baissez la tête. Nous subissons ce prodigieux bienfait ; l’aigle seul le regarde. Pour que nous voyions un peu le soleil, il faut qu’il se cache. Il s’éclipse, on l’observe. Alors l’extraordinaire apparaît ; on aperçoit des flamboiements de toutes les formes les plus imprévues, cyclindriques, pyramidaux, paraboliques ; on entrevoit des tourbillons de lueurs, des incendies de diamants, des grêles de braises, des averses de soufres, des cascades d’aurores, des niagaras de rubis dans des fournaises d’escarboucles ; le soleil est de l’infini en combustion ; toutes les larves de la flamme surnaturelle s’ébauchent confusément, des choses terribles resplendissent, les macules, les facules, les Protubérances Roses, la Proéminance Crochue, les Aigrettes qui ont la hauteur d’un diamètre de lune, les Faisceaux coniques Noirs, les Nuages Ignés, les