Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Roman, tome I.djvu/736

Cette page a été validée par deux contributeurs.

néral ou de l’avocat. C’est tout simplement le réquisitoire d’un homme de génie contre la peine de mort, ce grand crime de la société, flagrant depuis tant de siècles.

Nouveau Journal de Paris.

Léon Pillet.

… Il y a dans le Dernier Jour d’un Condamné de belles pages, des scènes épouvantablement vraies, d’autres non moins affreuses mais plus attendrissantes, qu’il ne m’a pas été possible de lire sans émotion ; mais à côté de cela, on gémit de retrouver presque à chaque phrase cette malencontreuse manie de pittoresque et cette fâcheuse exagération de sentiment qui viennent, à chaque instant, vous renfoncer les larmes en détruisant toute l’influence de l’illusion.

… Dans l’ouvrage de M. Hugo, les détails abondent ; ce n’est pas un tableau qu’il nous donne, c’est une narration ; le condamné ne se borne pas à penser, il écrit jusque sur l’échafaud, jusque sous le coup fatal. Comment peut-on se prêter à une pareille fiction ? Comment M. Hugo n’a-t-il pas gagné en liberté, combien ne se serait-il pas senti plus à l’aise si, au lieu de continuer un manuscrit qui devait être interrompu depuis longtemps, il se fût borné à faire penser son condamné, à le faire penser tout haut, comme au théâtre.

(L’écrivain reproduit la scène entre la petite fille et le condamné.)

Retranchez de cette scène l’épisode de la lecture de l’arrêt, qui ressemble trop à une combinaison de mélodrame, et c’est un modèle déchirant et pathétique ! Pourquoi M. Victor Hugo n’écrit-il pas toujours de même ? Est-il pittoresque qui approche de cela ?

Journal des Débats.

N.

… Rien de ce que fait M. Hugo n’est indifférent pour notre littérature, soit qu’il fasse mauvais, soit qu’il fasse bon. C’est un homme désormais hors ligne, qui en est venu à ce point de renommée où les critiques témoignent mieux que les éloges de son importance littéraire.

La première chose dont on s’inquiète, quand un livre paraît, c’est de ceci : Pourquoi ce livre ? De notre temps surtout, où tout se pèse par l’utilité, même les plaisirs de l’esprit, cette question est dans toutes les bouches. Aussi quand l’annonce du Condamné a paru dans les journaux, on s’est dit, avant de lire : Que nous veut ce condamné ? Et il y avait lieu, cette fois, à s’intriguer : les apparences étaient si bizarres ! Après avoir lu, beaucoup se demandent encore : Que nous voulait-on ! à quoi bon cette débauche d’imagination, ce long rêve de crime, de sang, d’échafaud ? Et pourtant, l’auteur avait un but : dès les premières pages, il le fait dire et développer par son héros en très belles phrases. Ce but, c’est de faire horreur de la peine de mort. Si l’on ne s’en souvient plus la lecture finie, c’est sans doute qu’il a été manqué.

M. Victor Hugo a fait son livre dans ce noble dessein, je l’en crois sur parole ; et pendant que les avocats battaient en ruine, sur d’autres points, cette vieille cruauté de notre législation, le poète s’est adressé à l’imagination et au cœur, et il a montré tout ce que l’âme d’un homme a de puissance pour souffrir, tout ce qui peut se passer et s’épuiser de douleurs au fond d’un cachot. Cette partie de la question était toute neuve. Elle allait merveilleusement au sombre et énergique talent de Victor Hugo.

… À présent, si je juge ce roman de peu d’utilité pour les condamnés à mort, comme morceau littéraire, j’en admire quelques pages, belles au plus haut degré de poésie et d’éloquence. Quand la vérité s’est rencontrée sous la plume de M. Victor Hugo, elle sort si originale et si bien parée, qu’elle a tout l’air d’une création, et je ne sais si on lui saurait plus de gré d’inventer que de remettre à neuf.

Sa prose, riche et pittoresque comme ses vers, a pourtant le tort d’être un peu tendue, et, chose rare, cette sorte de fatigue qui se fait sentir dans quelques tournures, n’ôte pas à la pensée son abondance naturelle, ni au style son mouvement. C’est presque la faute de l’inspiration qui est venue toute fatiguée et laborieuse.

Ce sont d’admirables pages, à mon gré, que celles où le condamné pense au Roi, qui est seul comme lui dans le monde et qui,