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Depuis que dans son urne un premier nombre est né,
N’a pas été par l’homme une fois retourné.;
Et les premiers zéros envoyés par Monime
Et Méron pour trouver les derniers dans l’abîme
Depuis quatre mille ans ne sont pas revenus ;
Les pâtres de Chaldée, effrayants, ingénus,
Rêvent là, frémissants, comptant sur leurs doigts l’être ;
On y voit Aristote errer et disparaître ;
Là flottent des esprits, Geber, Euclide, Euler,
Comme autrefois,:hagards dans les souffles de l’air,
Les prophètes planaient sous le céleste dôme ;
Comme Elie a son char, Newton a son binôme ;
Qu’est-ce donc qu’ils font là,. tous ces magiciens,
Laplace et les nouveaux, Hipside et les anciens ?
Ils ramènent au chiffre inflexible l’espace.
Halley saisit la loi de l’infini qui passe ;
Copernic, par moments, biffant des mondes nuls,
Puise une goutte d’encre au fond des noirs calculs,
Et fait une rature à la voûte étoilée ;
Hicétas tressaillant appelle Galilée ;
La terre sous leurs pieds fuit dans l’azur vermeil,
Et tous les deux d’un signe arrêtent le soleil ;
Et tout au fond du gouffre et dans une fumée,
On distingue, accoudé, l’immense Ptolémée.

Tous ces titans, captifs dans un-seul horizon,
Cyclopes du savoir, n’ont qu’un oeil, la raison ;
On entend dans ces nuits de vagues bruits d’enclumes ;
Qu’y forge-t-on ? le doute et l’ombre. Dans ces brumes
Tout est-il cécité, trouble ; incertitude ? Oui.
Pourtant, par cet excès d’ombre même ébloui,.
Parfois, pâle, éperdu, frissonnant, hors d’haleine,
Comme au fanal nocturne arrive le phalène,
On arrive, à travers ces gouffres infinis,.
À la lueur Thalès, à la lueur Leibniz,
Et l’on voit resplendir, après d’affreux passages ;
La lampe aux sept flambeaux qu’on nomme les sept sages ;