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Les rois que tu domptas, les murs que nous rompîmes ? »
Ils. passent, rapportant les dépouilles opimes ;
A leur têté est le maître immense, le vainqueur ;
Toute Rome à ses pieds n’est plus qu’un vaste choeur ;
Il marche précédé de la fanfare altière ;
Et le cirque frémit ; dans le noir bestiaire
De grands tigres ouvrant leurs pattes sont debout,
Et, pour voir passer l’homme à qui Dieu livre tout,
Le César adoré du globe qu’il saccage,
Collent leur ventre fauve aux barreaux de leur cage.
Et maintenant, César, content du bon accueil,
César, dont la lumière est faite avec le deuil
Des nations sur qui pèse l’ombre profonde,
L’empereur effrayant de cette nuit du monde,
En rendant grâce aux dieux, donne au peuple romain
Un banquet où l’on va boire du sang humain,
Où la brute des bois et Rome souveraine,
Joyeuses, rugiront ensemble dans l’arène,
Où l’encens fumera parmi les cris plaintifs,
Un festin de chrétiens, de martyrs, de captifs,
D’esclaves ramenés de l’Etixin ou du Tage,
Et le peuple s’attable, et le tigre partage.
Qui, du tigre ou de l’homme, est le monstre ? réponds.

Et plus tard, quand des voix diront là-haut : frappons !
Quand l’histoire verra, dans la nuit prête ànaître,
Les vieux démons de l’homme, horribles, reparaître,
Et s’écriera, les bras levés au ciel : Voilà
Caïn dans Constantin, Nemrod dans Attila !
Quand Rome penchera, c’est-à-dire le monde ;
Quand, pour tout engloutir, viendront dans la même onde
La Barbarie affreuse et le Christ radieux ;
Quand tout se défera, les lois, les moeurs, les dieux,
Quand la ville éternelle, esclave reine, en proie
Aux eunuques, joyeux d’on ne sait quelle joie,
Fera remplir sa coupe avec un rire impur
En entendant le pas d’Alaric sous son mur,