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Vous comprenez quiconque aime, quiconque a foi,
Et même vous avez de la place pour moi.
Un brin d’herbe volis fait grincer s’il vous dépasse ;
Vous avez pour le monde auguste, pôur Pespace,
Pour tout ce qu’on voit croître, éclairer, réchauffer,
L’infâme embrassement qui voudrait étouffer.
Vous avez juste autant de pitié que le glaive.
En regardant un-champ vous maudissez la sève ;
L’arbre vous plaît à l’heure où la hache le fend ;
Vous avez quelque chose en vous qui vous défend
D’être bons, et la rage est votre rêverie.
Votre âme a froid par où la nôtre est attendrie ;
Vous avez la nausée où nous sentons l’aimant ;
Vous êtes monstrueux tout naturellement ;
Vous grondez quand l’oiseau chante sous les grands ormes ;
Quand la fleur, près de vous qui vous sentez difformes,
Est belle, vous croyez qu’elle le fait exprès.
Quel souffle vous auriez si l’étoile’était près !
Vous croyez qu’en brillant la lumière vous blâme ;
Vous vous imaginez, en voyant une femme,

Que c’est pour vous narguer qu’elle prend un amant,
Et que le mois de mai vous verse méchamment
Son urne de rayons et d’encens sur la tête ;
Il vous semble qu’alors que les bois sont en fête,
Que l’herbe est embaumée et que les prés sont doux,
Heureux, frais, parfumés, charmants, c’est contre vous.
Vous criez au secours quand le soleil se lève.
Vous exécrez sans but, sans choix, sans fin, sans trève,
Sans effort, par instinct, pour mentir, pour trahir ;
Ce n’est pas un travail pour vous de tout haïr.
Fourmis, vous abhorrez-l’immensité sans peine.
C’est votre joie impie, âcre, cynique, obscène ;
Et vous souffrez. Car rien, hélas, n’est châtié
Autant que l’avorton, géant d’inimitié !
Si l’oeil pouvait plonger sous la voûte chétive
De votre crâne étroit qu’un instinct vil captive,