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XLII INSCRIPTION DE SÉPULCRE


Je nais. Qui suis je ? Ô deuil, j’ai peur, j’ai froid, je pleure ;
Je souffre, je suis homme, hélas !
Il faudra que je vive, il faudra que je meure.
Avant de marcher, je suis las

Je suis le frais jeune homme, altier comme un génie,
J’aime une femme au pur regard,
Et voici les douleurs, les larmes, l’insomnie.
On aime, on pleure. Hélas, plus tard,

L’âme de souvenirs doucement remuée,
On crie : O beaux jours ! temps joyeux !
Car nos amours s’en vont ainsi que la nuée,
Pluie à nos fronts, pourpre à nos yeux.

Je saigne ; tous les coeurs sont ingrats ; je travaille,
La terre est plus ingrate encor ;
Mon maître prend l’épi, mon lit garde la paille ;
J’ai faim, devant la gerbe d’or !

Voici l’âpre vieillesse, et je me sens décroître ;
Mes. amours, mon coeur en lambeaux,
Gisent en moi ; mes jours sont les arches d’un cloître
Jetant leur ombre à des tombeaux.

Ma vie est un suaire et j’en suis le squelette.
Les ans, des maux accompagnés,
Me garrottent ; chaque heure est une bandelette
Sur mes ossements décharnés.