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Quand l’honneur est tombé, rien ne reste debout.
On s’avilit, qu’importe ! on s’accoutume à tout,
Aux lâches actions comme aux paroles louches.
On laisse aller son nom au hasard dans les bouches.
On descend chaque jour, sans remords, sans appuis,
Plus bas, un peu plus bas, toujours plus bas, et puis
On ne s’aperçoit plus qu’on monte ou qu’on descende.
Il arrive un moment où la honte est si grande
Qu’on ne fait même pas d’efforts pour en sortir.
C’est le dernier degré de ne la plus sentir.
Quand on ne rougit plus et lorsqu’on rit sans cesse,
C’est que l’on a touché le fond de la bassesse ;
C’est qu’on se trouvé là comme sur un plancher,
Et qu’on est satisfait d’y vivre et d’y marcher. -
Alors tout est fini. Plus d’espoir, plus de crainte.
La dernière lueur des âmes est éteinte.
On est naïvement un monstrueux gredin. -
L’opprobre ; le dégoût, le mépris, le dédain, -
Devient si naturel aux hommes comme aux femmes
Qu’ils en sont à ne plus savoir qu’ils sont infâmes !