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Sans frein, sans trêve, sans flambeau,
Cherchant les cieux hors de l’étable,
Vers le vrai, le juste et le beau,
Reprends ta course épouvantable.


III


Reprends ta course sans pitié,
Si terrible et si débordée
Que Néron se sent châtié
Rien que pour l’avoir regardée.

Va réveiller Démogorgon.
Sois l’espérance et l’effroi, venge,
Rassure et console, dragon
Par une aile, et, par l’autre, archange.

Verse ton souffle auguste et chaud
Jusque sur les plus humbles têtes.
Porte des reproches là-haut,
Égal aux dieux, frère des bêtes.

Fuis, cours ! sois le monstre du bien,
Le cheval démon qui délivre !
Rebelle au despote, au lien,
De toutes les vérités ivre !

Quand vient le déclin d’un tyran,
Quand vient l’instant des lois meilleures,
Qu’au ciel sombre, éternel cadran,
Ton pied frappe ces grandes heures.