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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/76

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tuant tout devant lui, prit d’assaut la maison du Grand-Balcon. Un domestique fut tué dans les magasins de Brandus. Reibell, à travers la mitraille, disait à Sax : Et moi aussi je fais de la musique. Le café Leblond fut mis à sac. La maison Billecoq fut canonnée au point qu’il fallut l’étançonner le lendemain. Devant la maison Jouvin, il y eut un tas de cadavres, dont un vieillard avec son parapluie et un jeune homme avec son lorgnon. L’hôtel de Castille, la Maison-Dorée, la Petite-Jeannette, le café de Paris, le café Anglais, furent pendant trois heures les cibles de la canonnade. La maison Raquenault s’écroula sous les obus ; les boulets démolirent le bazar Montmartre.

Nul n’échappait. Les fusils et les pistolets travaillaient à bout portant.

C’était l’approche du jour de l’an, il y avait des boutiques d’étrennes ; passage du Saumon, un enfant de treize ans, fuyant devant les feux de peloton, se cacha dans une de ces boutiques sous un monceau de jouets, il y fut saisi et tué. Ceux qui le tuèrent élargissaient en riant ses plaies avec leurs sabres. Une femme m’a dit : On entendait dans tout le passage les cris du pauvre petit. Quatre homme furent fusillés devant la même boutique. L’officier leur disait : Cela vous apprendra à flâner. Un cinquième, nommé Mailleret, laissé pour mort, fut porté le lendemain avec onze plaies, à la Charité. Il y a expiré.

On tirait dans les caves par les soupiraux.

Un ouvrier corroyeur, nommé Moulins, réfugié dans un de ces caves mitraillées, a vu, par la lucarne de la cave, un passant blessé d’une balle à la cuisse, s’asseoir sur le pavé en râlant et s’adosser à une boutique. Des soldats entendent ce râle, accourent et achèvent le blessé à coups de bayonnette.

Une brigade tuait les passants de la Madeleine à l’Opéra ; une autre de l’Opéra au Gymnase ; une autre du boulevard Bonne-Nouvelle à la Porte Saint-Denis ; le 75e de ligne ayant enlevé la barricade de la Porte Saint-Denis, il n’y avait point de combat, il n’y avait que le carnage. Le massacre rayonnait – horrible mot vrai – du boulevard dans toutes les rues. C’était une pieuvre allongeant ses tentacules. Fuir ? Pourquoi ? Se cacher ? A quoi bon ? La mort courait derrière vous plus vite que vous. Rue Pagevin un soldat dit à un passant : – Que faites-vous ici ? – Je rentre chez moi. Le soldat tue le passant. Rue des Marais on tue quatre jeunes gens dans une cour chez eux. Le colonel Espinasse criait : Après la bayonnette, le canon ! Le colonel Rochefort criait : Piquez, saignez, sabrez ! Et il ajoutait : C’est une économie de poudre et de bruit. Devant le magasin de Barbedienne, un officier faisait admirer à ses camarades son arme, qui était une arme de précision, et disait : Avec ce fusil-, je fais des coups superbes entre les deux yeux. Cela dit, il