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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/50

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à l’autre étaient en rumeur ; des courants de passants indignés les descendaient et les remontaient. On y déchirait les affiches du coup d’État ; on y placardait nos proclamations ; des groupes au coin de toutes les rues adjacentes commentaient le décret de mise hors la loi rendu par les membres de la gauche restés libres ; on s’arrachait les exemplaires. Des hommes montés sur les bornes lisaient à haute voix les noms des cent vingt signataires, et, plus encore que la veille, chaque nom significatif ou célèbre était couvert d’applaudissements.

La foule augmentait à chaque instant, et la colère. La rue Saint-Denis tout entière présentait cet aspect étrange que donnent à une rue toutes les portes et toutes les fenêtres fermées et tous les habitants dehors. Regardez les maisons, c’est la mort ; regardez la rue, c’est la tempête.

Une cinquantaine d’hommes résolus sortit tout à coup d’une ruelle latérale et se mit à parcourir la rue en criant : Aux armes ! vivent les représentants de la gauche ! vive la Constitution ! Le désarmement des gardes nationaux commença. Il se fit plus facilement que la veille. En moins d’une heure on eut cent cinquante fusils.

La rue cependant se couvrait de barricades.