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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/35

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Il y avait Bacciochi…

D’autres encore.

C’est sous l’inspiration de cet entourage intime que, pendant sa présidence, Louis Bonaparte, sorte de Machiavel hollandais, s’en allait ici et là, à la Chambre et ailleurs, à Tours, à Ham, à Dijon, nasillant d’un air endormi des discours pleins de trahison.

L’Elysée, si misérable qu’il soit, tient de la place dans le siècle. L’Elysée a engendré des catastrophes et des ridicules.

On ne peut le passer sous silence.

L’Elysée fut dans Paris le coin inquiétant et noir. Dans ce lieu mauvais on était petit et redoutable. On était en famille, entre nains. On avait cette maxime : jouir. On vivait de la mort publique. Là on respirait de la honte, et l’on se nourrissait de ce qui tue les autres. C’est là que se construisait avec art, intention, industrie et volonté, l’amoindrissement de la France. Là travaillaient, vendus, repus, et complaisants, des hommes publics, lisez : prostitués. On y faisait, nous l’avons indiqué, jusqu’à de la littérature ; Vieillard était un classique de 1830, Morny créait Choufleury, Louis Bonaparte était candidat à l’académie. Lieu étrange. L’hôtel de Rambouillet s’y mêlait à la maison Bancal. L’Elysée a été le laboratoire, le comptoir, le confessionnal, l’alcôve, l’antre du règne. L’Elysée prétendait gouverner tout, même les mœurs, surtout les mœurs. Il a mis le fard sur le sein des femmes en même temps que la rougeur sur la face des hommes ; il donnait le ton à la toilette et à la musique. Il a inventé la crinoline et l’opérette. A l’Elysée, une certaine laideur était considérée comme élégance ; ce qui fait le visage fier y était raillé comme ce qui fait l’âme grande ; c’est à l’Elysée qu’a été conspué l’os homini sublime dedit ; c’est là qu’ont été, pendant vingt ans, mises à la mode toutes les bassesses, y compris la bassesse du front.

L’histoire, quelle que soit sa fierté, est condamnée à savoir que l’Elysée exista. Le côté grotesque n’empêche pas le côté tragique. Il y a là un salon qui a vu la seconde abdication, l’abdication après Waterloo. C’est à l’Elysée que Napoléon Ier a fini et que Napoléon III a commencé. C’est à l’Elysée que Dupin est apparu aux deux Napoléon ; en 1815, pour abattre le grand, en 1851, pour adorer le petit. A cette dernière époque, ce lieu fut parfaitement sinistre. Il n’y resta plus une vertu. A la cour de Tibère, il y avait encore Thraséas ; mais, autour de Louis Bonaparte, rien. On cherchait la conscience, on trouvait Baroche ; on cherchait la religion, on trouvait Montalembert.