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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/32

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IV. Les Familiers

M. Mérimée était naturellement vil ; il ne faut pas lui en vouloir.

Quant à M. de Morny, c’est autre chose, il valait mieux ; il y avait en lui du brigand.

M. de Morny était courageux. Brigandage oblige.

M. Mérimée s’est donné à tort pour un des confidents du coup d’État. Il n’y avait pourtant pas de quoi se vanter.

Mais la vérité c’est que M. Mérimée n’était confident de rien. Louis Bonaparte n’avait pas de confiance inutile.

Ajoutons qu’il est peu probable, malgré quelques indices contraires, que M. Mérimée fût, à l’époque du 2 décembre, en relation directe avec Louis Bonaparte. Cela ne vint que plus tard. Mérimée d’abord ne connut que Morny.

Morny et Mérimée furent tous deux de l’intimité de l’Elysée ; mais différemment. On peut croire Morny, et non Mérimée. Morny était dans les grands secrets, Mérimée dans les petits. Les cours d’amour étaient sa vocation.

Les familiers de l’Elysée étaient de deux sortes, les affidés et les courtisans. Le premier des affidés, c’était Morny ; le premier – ou le dernier – des courtisans, c’était Mérimée.

Voici ce qui fit la « fortune » de M. Mérimée.

Les crimes ne sont beaux que dans le premier moment ; ils se fanent vite. Ce genre de succès manque de durée ; il importe d’y ajouter promptement quelque chose.

Il fallait à l’Elysée un ornement littéraire. Un peu d’académie ne messied pas à une caverne. M. Mérimée était disponible. Il était dans sa destinée de signer : le Fou de l’Impératrice. Madame de Montijo le présenta à Louis Bonaparte qui l’agréa, et qui compléta sa cour par ce plat écrivain de talent. Cette cour était une collection ; étagère de bassesses ; ménagerie de reptiles ; herbier de poisons.

Outre les affidés, qui étaient pour le service, et les courtisans, qui étaient pour l’ornement, il y avait les auxiliaires.

Certaines occasions voulaient du renfort ; quelquefois c’étaient des femmes : « l’escadron volant ».