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Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Histoire, tome II.djvu/30

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bottes de paille ? Et Morny avait dit : – Pas encore ; on verra plus tard.

Il avait ajouté : – Ceux qu’on déportera sont à Bicêtre ; ceux qu’on fusillera sont à Ivry.

Louis Bonaparte s’était enquis des précautions prises. Morny l’avait complètement renseigné : – qu’on avait mis une garde dans tous les clochers ; – qu’on avait mis le scellé sur toutes les presses ; – qu’on avait mis sous clef tous les tambours de la garde nationale ; – qu’on n’avait donc à craindre ni une proclamation sortant d’une imprimerie, ni le rappel sortant d’une mairie, ni le tocsin sortant d’un clocher.

Louis Bonaparte avait demandé si toutes les batteries étaient bien au complet, chaque batterie devant être composée de quatre pièces et de deux obusiers. Il avait expressément recommandé de n’employer que des pièces de huit et des obusiers du diamètre de seize centimètres.

— C’est vrai, avait dit Morny qui était dans le secret, tout cela aura à travailler.

Puis Morny avait parlé de Mazas ; – qu’il y avait six cents hommes de garde républicaine dans la cour ; tous hommes choisis, et qui, attaqués, se défendraient jusqu’à la dernière extrémité ; – que les soldats accueillaient les représentants arrêtés avec des éclats de rire, et qu’ils étaient venus regarder Thiers « sous le nez » ; – que les officiers éloignaient les soldats, mais avec ménagement et « une sorte de respect » ; – que trois prisonniers étaient « au grand secret » : Greppo, Nadaud et un membre du comité socialiste, Arsène Meunier. Celui-ci occupait le n° 32 de la sixième division. A côté, au n° 30, il y avait un représentant de la droite, qui ne faisait que crier et gémir ; ce qui faisait rire Arsène Meunier ; – et ce qui fit rire Louis Bonaparte.

Autre détail. Quand le fiacre amenant M. Baze était entré dans la cour de Mazas, il y avait eu un choc contre la porte, et la lanterne du fiacre était tombée à terre et s’était brisée. Le cocher, consterné de l’avarie, se lamentait. Qui paiera cela ? criait-il. Un des agents qui étaient dans la voiture avec le questeur prisonnier, avait dit au cocher : – Soyez tranquille. Parlez au brigadier. Dans les affaires comme celle-ci, quand il y a de la casse, c’est le gouvernement qui paie.

Et Bonaparte avait souri et dit dans sa moustache : – C’est juste.

Un autre récit de Morny l’amusa encore. C’était la colère de Cavaignac en entrant dans la cellule de Mazas. Il y a, à la porte de chaque cellule, un trou appelé lunette, par où les prisonniers sont guettés à leur insu. Les gardiens avaient observé Cavaignac. Il avait commencé par se promener les bras croisés ; puis, l’espace étant trop restreint, il s’était assis sur l’escabeau de la